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jeudi 22 janvier 2009

Perdre pied 1/?

Sa tête lui fait mal et elle a l'impression que la pièce tangue un peu autour d'elle tandis que le sang coule à nouveau de sa blessure au flanc.

- Je reviens !

Elle ne répond pas, verte de rage et se met à hurler dès qu'il a le dos tourné. Chaque inspiration lui fait un mal de chien et elle comprend rapidement que Daermon, ou plutôt Axel lui a cassé une côte en la frappant sauvagement.

- Daermon ! Tu t'en tireras pas comme ça !

Impuissante, elle l'entend s'éloigner d'un pas rapide et se retrouve seule dans la tour maudite. Elle tire en vain sur ses liens improvisés. Daermon a taillé des lanières dans les lourds rideaux de velours qui ornaient les courtines du lit et s'en est servi pour la ligoter solidement. L'épais tissu lui entre dans la chair et elle sent ses mains et ses bras s'engourdir peu à peu. Elle bouge ses jambes entravées, mais il lui est impossible de s'asseoir. A force de se tortiller, elle n'arrive qu'à s'enfoncer de plus en plus dans le matelas trop moelleux, entourée de coussins qui sentent la poussière.

Il lui a pris ses dagues pendant qu'il l'embrassait. Juste avant de l'attacher. Après l'avoir fouillé, il a même pris son sac, au cas où elle arriverait à se détacher. Il a semblé étonné de voir qu'elle transportait une autre paire de dagues et du coup il a décidé de tout emmener avec lui au cas où. Sans ses armes, elle se sent nue et démunie. La peur rampe sournoisement à l'orée de ses pensées, et elle tente de la chasser en vain.

La tour... Le ciel... Où est le ciel ? Elle renverse la tête en arrière et se met à respirer par à coup. Elle sent la panique l'envahir comme une avalanche. Les murs se resserrent autour d'elle et l'oppressent au point que l'air lui manque, elle perd la notion du temps, cherchant juste désespérément de l'air. Sa côte cassée lui fait un mal de chien.

Entre deux halètements elle hurle. Elle hurle sa rage, sa frustration et sa peur. "Je dois y aller, il ne doit pas mourir ! Yija ! Ils n'ont pas le droit de le tuer, pas lui ! Il faut que je le sorte de là ! " Et chaque cris qu'elle pousse l'accule encore plus au désespoir. Daermon semblait tellement déterminé à la garder ici tant que le rituel n'aurait pas eu lieu !

Elle ne sait pas qu'au camp la terrible cérémonie qu'elle voulait empêcher est en train de se dérouler au même instant. Elle ne sait pas que Eldwinn a commencé les préparatifs depuis plusieurs jours, et que ce soir là entre autres est le plus propice pour que les esprits reviennent. Et tandis que la tour resserre son emprise sur son âme, elle sent les fantômes l'effleurer et soudain son esprit bascule. La douleur physique s'estompe, se fait légère, mais son âme, elle, plonge en enfer. Là bas, au camp, Stretcher vient de trancher les poignets de Yijael...

mercredi 21 janvier 2009

Perdre pied 1/?

"Mais qu'est ce que je fais ?"

La main qu'elle a posée sur la sienne ne tremble pas, elle sourit même à l'humain, de façon très naturelle. Son geste l'a visiblement surpris, tout comme le fait qu'elle se fasse très chatte depuis leur rencontre devant la maison de Telko alors qu'elle allait en escalader une nouvelle fois la façade.

La scène est surréaliste. Se retrouver là, maintenant, seule avec celui qui a abusé d'elle moins de trois jours avant, et flirter avec lui comme si de rien n'était... Elle continue de lui sourire, badinant légèrement, et fais mine d'avouer qu'elle a tout les torts dans les différents qui les opposent. Il acquiesce, agréablement surpris de ce brusque revirement, et il semble à la voleuse qu'il a complètement oublié ce qu'il lui a fais subir.

Son cœur se fait de glace et tout en maintenant la conversation sur un ton léger et dépourvu d'agressivité, elle cherche l'ouverture, la faiblesse qui lui permettra de mener à bien sa vengeance. Dans sa tête un plan simple mais efficace se fait jour. Tout faire pour que le désir s'empare de lui, l'entraîner à l'auberge, ou dans un coin tranquille, et au moment où il sera le plus vulnérable – elle ne veut pas réfléchir à ce que cela peux impliquer -, frapper encore et encore. Elle se voit parfaitement brandir sa dague et frapper...

Il la regarde et elle se rend compte que cela fait quelques minutes qu'elle ne dit plus rien, se contentant de jouer avec ses doigts. Des bruits sur le perron de la taverne, elle reconnaît la voix de Xandis et son cœur manque un battement. "Si il entre c'est fichu... " L'humain aussi a reconnu la voix du mage, et il s'agite, se lève, annonçant qu'il doit discuter avec lui. Elle accentue alors son sourire désarmant et joue son va-tout.

"Pourquoi tu n'ôterais pas ton casque ? Je t'ai déjà vu sans tu sais ?"

Il hésite, et soudain se résigne à l'ôter et ses yeux plongent dans ceux de la voleuse. Maîtresse d'elle-même jusqu'au bout des ongles, elle ne cille pas et s'approche de lui, son regard rivé au sien. Il semble à la fois dubitatif mais content de son attitude quand elle penche la tête sur le côté...

Le temps se suspend un instant. Les gestes de la voleuse sont d'une fluidité parfaite quand elle s'empare du goulot de la bouteille de vin qui traîne et la brise d'un seul geste sur le rebord de la table. Les yeux de l'humain se sont brusquement agrandis et il a fait un pas en arrière, en pleine incompréhension, mais Kharess ne lui laisse pas le temps d'en faire un second.

Déjà le tesson arrache la peau tendre du cou, le second mouvement, aussi rapide que le premier, touche la carotide : le sang gicle en un arc de cercle quasi parfait, éclaboussant le plancher et le visage de la voleuse. L'humain tombe à genoux, une mousse rosâtre monte à ses lèvres quand il ouvre la bouche pour parler.

"Pour... Pourquoi ?" Elle ne répond pas tandis qu'il s'effondre vers elle, et elle le repousse, enfonçant son arme improvisée encore plus dans la chair, le faisant basculer en arrière. Il tombe lourdement, le tesson toujours planté dans le cou.

Elle reste debout, impassible, et une joie sauvage et glaciale l'envahit en le regardant mourir à ses pieds. Le sang s'étale, coulant paresseusement, formant un petit lac rouge autour des pieds de la voleuse qui l'observe, comme fasciné.

Un râle monte aux lèvres de l'humain, sa respiration se fait sporadique et ses yeux perdent leur lumière au fur et à mesure que la vie l'abandonne. La dernière vision qu'il a avant de sombrer dans l'obscurité c'est cette silhouette altière, vêtue de cuir rouge les mains et le visage couverts de sang qui le domine, l'air indifférent, comme complètement détachée de l'acte qu'elle vient de commettre. Il ferme les yeux et les bras de la mort l'emportent...

La porte de la taverne claque et Xandis entre, embrassant toute la scène d'un seul regard.

"Kharess !"

Elle le regarde sans broncher et le mage se rend compte qu'elle semble déconnectée de la réalité, complètement ailleurs. Il remarque les dagues toujours à sa taille, l'odeur lourde du sang flottant dans l'air, le corps aux pieds de la voleuse.

"Je... Je devais le faire... Tu comprends ?"

Il hoche la tête sans répondre et se décide enfin à bouger. Il se met à incanter et un portail magique apparaît. Il attrape la voleuse par les épaules et la pousse dedans, lui murmurant qu'il s'occupe de tout et qu'il la rejoindra après. Elle se laisse faire docilement, contrairement à son habitude, et disparaît dans le néant.

Il se tourne vers le corps de son ami, l'air navré sans savoir que dans la nuit de Stormwind, déjà la rumeur court : Darzil est mort !

mardi 20 janvier 2009

Perdre pied 1/?

Kharess marche à pas mesurés, bouillonnante de rage contenue. Les événements de ces trois derniers jours l'ont poussé dans ses derniers retranchements et à la limite de ses forces. Yija, le Clan, l'agression, Myrah, Shölva, Daermon, Stretcher, la tentative de meurtre d'Aude, toutes ces choses tournent et retournent sans fin dans sa tête.

"Il faut que je fasse un tri..." Elle s'asseoit au bord de l'eau, laissant la pluie laver son visage tourmenté et la rafraîchir. Le temps semble passer à une vitesse affolante, et chaque seconde fait approcher l'événement qu'elle veut absolument empêcher. L'étau se resserre

"Commencer... Par quoi ? "

Le visage de l'humain la besognant sauvagement lui saute aux yeux. C'est lui qui va payer en premier. Profiter de sa faiblesse, l'entraîner dans un coin tranquille et là... la violer nonobstant la blessure qui se rouvre sous ses assauts... Oui... Lui paiera en premier et plus cher que tout les autres. Il a voulu lui faire payer... Payer quoi ? Après tout, elle n'a pas été avec lui ni pire ni meilleure qu'avec les autres. Mais il a pris pour une injure personnelle le fait qu'elle refuse de modérer son langage quand elle s'adressait à lui et d'ôter ses dagues en sa présence.

Mentalement, elle le place en tête de liste et cette simple pensée enclenche le processus. Lui va mourir. De sa main et très rapidement. Elle veut effacer le rictus méprisant de sa bouche et le désir dans ses yeux.

Elle soupire... Elle qui s'amusait encore il y a quelques jours de sa façon de se faire des "copines", qui en riait avec Räyzen et Myrah... Après Mjilk qui voulait lui faire elle ne sait trop quoi... Aude s'en prend à elle. La voleuse ne l'en pensait pas capable à vrai dire. Mais il y a deux nuits....

Le geste de l'humaine au dessus de sa tête l'a intrigué et un brusque mouvement d'air l'a alerté trop tard. La dague s'est enfoncée profondément dans son flanc et elle n'a pu retenir un cri de douleur et de surprise mêlée. Elle tombe à genoux, une étoile de sang s'étale rapidement, et coule sur la peau dénudée, imbibant rapidement les cuirs rouges de la voleuse.

Le réprouvé ajuste sa lame et fouille la chair tendre de l'elfe qui serre les dents et tente de le repousser en vain. Au moment où elle bascule dans l'inconscience elle voit Stretcher se précipiter vers elle alerté par son cri et le voleur qui se retourne, un sourire gourmand aux lèvres. Puis le noir.

"Aude...Hmmm...." L'humaine prend place vers le bas de la liste. Elle peut attendre, elle est tellement sûre que Kharess ne ripostera pas, qu'une semaine de plus ou de moins ne changera rien. Elle se demande juste la tournure que prendront les choses. Si Aude croit qu'elle va la fermer quand elle la croisera, elle se trompe.

"Je ne suis plus à une provocation près de toute façon..." Elle pose distraitement sa main sur le pansement qui orne sa hanche, la guérison est en bonne voie. "En plus, elle n'est même pas capable de faire le boulot toute seule, il lui faut de l'aide..."

La pluie s'éloigne et la forêt reprend doucement forme sous la lune. Elle soupire et se relève, se retournant vers la ville. "Bon... Avec qui vais-je dormir ce soir ?" Elle se dirige d'un pas nonchalant vers la maison de Telkostrasz. Un coup d'œil à gauche, à droite, personne. Elle guette le pas de la sentinelle qui s'éloigne et escalade la façade pour atteindre la fenêtre de la chambre du mage. L'exercice se révèle plus dur qu'à l'ordinaire, la blessure gênant l'amplitude de ses mouvements.

Elle se déshabille et se glisse dans le lit de l'humain qui l'enlace dans son sommeil en murmurant "Kharess....".

jeudi 8 janvier 2009

Mes nuits sont plus belles que vos jours (20/20)

(A écouter en même temps : et )

Suant et soufflant, tentant de faire le moins de bruit possible, elle traîne le lourd plastron de plaque jusqu'à la porte et l'abandonne sur l'herbe, près de l'entrée. Pliée en deux, elle essuie la sueur qui dégouline sur son visage, satisfaite d'avoir réussi toute seule à manier l'imposante armure de Cënëdril. Morceau par morceau, elle l'a porté dehors, le plus discrètement possible pour ne pas le réveiller, et les pièces d'armures sont à présent étalées devant elle, sous le auvent de la maison.

Il pleut à Darnassus depuis des heures, mais elle ne supporte plus de rester enfermée dans la maison où l'odeur des peaux fraîchement tannées se dispute avec l'odeur métallique du sang qu'il perd en quasi permanence désormais. Elle l'a lavé entièrement ce matin, malgré ses protestations, et quand son grand corps amaigri s'est abandonné sous ses mains elle a eu l'impression de baigner un enfant malade, tellement Cën est affaibli. Elle la fait asseoir sur un ballot de peau, se faisant la réflexion que sa maison manque cruellement de fauteuil parfois, et a drapé le lit de linge propre, sentant bon le savon et le grand air. Elle a replacé à côté de l'oreiller la fleur que Mahelys a apporté, pour qu'il puisse la voir rien qu'en tournant la tête, mais l'odeur discrète n'arrive pas à surpasser celle du sang qu'il perd.

Elle le regarde depuis la porte, il repose sur le dos, les bras le long du corps, si pâle... tellement pâle qu'elle guette chacune de ses inspirations qui lui prouvent qu'il est encore vivant... Et qu'il se bat à l'intérieur de lui-même. Elle s'en veut terriblement de la discussion qu'ils ont eue l'autre nuit, mais elle est si désespérée qu'elle est prête à tout pour qu'il vive. Y compris lui promettre qu'elle mourra avec lui...

Elle s'installe sur la marche de l'entrée et mélange dans un récipient de la cendre et du sel de Fonderoc grossier, qu'elle lie avec un peu d'eau et d'huile de lin. Elle malaxe la pâte jusqu'à ce qu'une boule à la fois souple et ferme, douce et rugueuse se forme dans sa main. La texture est étrange mais pas désagréable au toucher. Une fois la boule parfaitement formée, elle prend un des brassards de plaque de Cën, le pose sur ses genoux, et commence à le polir avec sa boule de pâte.

"Alors, des petits mouvements circulaires m'a dit Darnath..."

Elle essaie de reproduire la technique que l'instructeur des guerriers lui a montrée, mais ses premiers résultats ne sont guère probants. La couleur du brassard est la bonne, mais la crasse et les imperfections sont encore là. Elle jette alors une poignée de sel sur les pierres et roule sa boule dessus, jusqu'à incruster les cristaux dans la pâte. Et elle reprend son travail de polissage.

"Ah c'est déjà mieux !"

Contente d'elle, elle jette un coup d'œil vers Cën et constate qu'il a toujours les yeux fermés et n'a pas changé de position. Elle reprend sa pâte et continu son travail de polissage, qui ne s'avère pas très difficile... Juste profondément ennuyeux au final, et très long. Elle se laisse doucement hypnotiser par les mouvements circulaires qu'elle fait, sans se rendre compte que la peau fragile de ses doigts s'écorchent parfois sur les rivets de l'armure, laissant de légères traces de sang sur la plaque. Ses pensées dérivent, et elle revit la visite de Merende, Mahélys et Kathryl la veille.

Quand ils sont arrivés, Cën dérivait dans une bienheureuse inconscience. Ils sont entrés alors qu'elle tentait de lui faire reprendre ses esprits afin de savoir si il acceptait leur visite. Elle a bien vu que Merende a blêmi en voyant Cën dans cet état, le sang noirci coulant à la fois de son nez, ses yeux et même ses oreilles parfois. Machinalement, Khâline a pris une étoffe, une de plus, et a tendrement essuyé la peau salie.

- Mon amour ? Réveille toi !

Il n'a pas réagi, ni à sa voix, ni à celle de Merende qui lui demandait si il l'entendait. Kathryl s'est approché du lit et a commencé à questionner Merende.

- Vous m'avez dit que vous l'avez lié avec quoi ? - A l'esprit d'un tigre... Cet esprit se nourrit du lien avec le Clan... Sans ce lien...

Khâl l'a interrompu d'une voix blanche :

- Sans le lien... Il meurt c'est bien ça ?

Merende a pâlit encore plus et sa voix a tremblé :

- Oui. Je le crains Khâline.

Le cri a jailli de sa gorge, des larmes jaillissant de ses yeux.

- Je ne veux pas qu'il meure !

Kathryl a repris :

- Si il n'était pas dans cet état, je le l'aurais ramené au Camp immédiatement. Votre présence ne peut-elle pas faire office de lien de secours ? - Il ne suffit pas de le ramener... Il faut recréer le lien... Il faut qu'il le veuille aussi. - L'esprit n'est pas retirable sans dommage j'imagine ?

D'une voix basse, Khâl l'a interrompu :

- Il... Il m'a dit qu'il devait combattre... qu'il allait gagner... Mais il s'affaiblit de jour en jour...

Merende a soigneusement examiné Cën, le palpant et écoutant les battements de son cœur.

- Il mange ? - De... De moins en moins... Je lui donne de la viande crue avec des fruits mais ... Il s'affaiblit tous les jours un peu plus... - Mahelys, parle lui on ne sait jamais !

La druidesse a enfin pris la parole, elle était restée silencieuse depuis le début de leur visite, se contentant de contempler Cën, jetant des coups d'œil à ceux qui parlaient.

- Cën ... Tu te souviens, il y a quelques temps en Féralas ?

Mahelys a retiré de ses cheveux une fleur un peu étrange et l'a approché de Cënëdril.

- Merende, cet esprit, est ce qu'il peut s'en débarrasser ? Ou recevoir une aide extérieure pour cela ? - C'est pire que l'autre fois... Une semaine... Deux au maximum...

Khâline a regardé Merende :

- Comment ça pire ? - Il a réussi à dominer une fois l'esprit, mais il n'étais pas si mal qu'aujourd'hui... En regardant le chasseur : Je ne crois pas Kathryl - Mais je ne veux pas qu'il meure à cause de moi !

Mahélys, troublée a levé les yeux vers Merende :

- Il doit y avoir un moyen... - Il a fait son choix en partant du Clan, il en connaissait les risques... J'espère Mahelys que nous trouverons un moyen... Je l'espère sincèrement...

La conversation a encore duré quelques minutes sur le même ton désespéré, chacun étant conscient que Cën allait mourir si une solution n'était pas trouvée rapidement. C'est alors qu'il a ouvert les yeux, étonné de voir autant de monde à son chevet après des semaines passées uniquement avec Khâline. Elle lui a sourit et sa voix s'est mélangée avec celle de Merende :

- Mon cœur ? - Cën ! Tu m'entends ? - Na... neth ?

Merende a pris un ton enjoué, mais on pouvait lire sur son visage toute l'inquiétude que l'état de Cën lui causait :

- Alors ! Tu cherches à me faire mourir de peur ? - Ca va aller Naneth... Ne vous inquiétez pas...

Sa voix était faible et le ton se voulait convaincant. Khâline lui a alors posé la question qu'elle lui pose dix fois chaque jours depuis qu'il peine à se lever :

- Tu veux prendre quelque chose mon amour ? - J'ai pas faim ma douce ! - Ton regard est sombre, ton corps s'affaiblit, tu as besoin d'aide Cënëdril ! - J'ai pu le dominer une fois Naneth, je veux réussir ! - Oui c'est vrai, mais tu n'as pas été aussi affaibli l'autre fois ! - Ça va aller...

Merende a alors sorti une fiole contenant un liquide rouge vif et en a fait prendre à Cënëdril, trempant ses doigts dans le potion et les glissant dans la bouche du géant. Elle a recommencé à plusieurs reprises, jusqu'à vider le flacon à moitié. Cën se laissait faire, se contentant de déglutir à intervalles réguliers. Khâline n'a pu se retenir :

- Je lui ai déjà donné des potions... Des plantes... Même... Ma magie n'a pas marché sur lui... Ni celle des druides... ni l'autre... - Il faut continuer ! lui dit Merende en lui tendant la fiole. Cela ne peut que l'aider un peu ! - Je ne veux pas que l'aider ! Je veux qu'il vive !

La voix s'est brisée sur les dernières paroles.

- Il faut le nourrir aussi, de force si il le faut. Il doit résister le plus longtemps possible !

Elle a hoché la tête et ils sont partis... Elle les a entendu parler devant sa porte de ce qu'ils allaient faire, et elle espère qu'ils trouveront une solution, elle... Elle continue de supplier Elune pour que le sang s'arrête, mais la magie de ses mains semble avoir disparu... Aucune lueur dorée n'apparaît plus sur ses mains quand elle le touche, et aucune incantation inconnue ne monte à ses lèvres, même quand son esprit affolé cherche à faire remonter les souvenirs enfouis dans sa mémoire.

Elle lui prépare la viande hachée qu'il déteste tant et commence à le nourrir. Il semble encore plus fatigué que d'habitude et elle est obligée de scinder en deux la première boulette qu'elle a formée et qui n'était déjà pas bien grosse.

- Il... faudrait que j'arrive à me lever et mettre mon armure... - Tu ne pourrais même pas soulever ton plastron mon amour ! - J'essaierai... demain... - Si tu veux la mettre, il faut que tu manges plus mon cœur...

Il a alors pris l'écuelle de ses mains et, lentement, bouchée après bouchée, a entrepris de la vider. Elle lui a servi un verre de lait, et a minutieusement découpé en petits cubes une pastèque toute fraîche, dont l'odeur lui a immédiatement rappelé leur première nuit à Stormwind. Il a bu le lait à petites gorgées et lui a posé la question qu'elle ne voulait pas entendre.

- Je vais mourir n'est ce pas ? - Je... Tu veux la vérité ? Ou tu préfères que je te mentes ? - Je la connais... Vous n'auriez pas appelé Naneth et Mahelys si ça n'était pas le cas. - Je ne veux pas que tu meures mon amour. Merende a dit que... il fallait recréer le lien avec le Clan. - Non... - Tu es en train de mourir Cën ! - Je préfère si c'est près de vous... Plutôt que de mourir loin... - Tu n'arrives pas à le vaincre ! Tu meurs à petit feu ! Je ne veux pas que tu meures ! Pas à cause de moi !

Dans sa voix, elle pouvait entendre toute l'angoisse que l'idée de la mort de Cën faisait peser sur elle. Mourir parce qu'il l'aime, elle n'avait jamais imaginer cela, elle refusait l'idée de toute ses forces et lui la regardait tranquillement en mangeant sa pastèque.

- Vous n'avez à culpabiliser de rien ! - Cën... Te voir dans cet état... Je ne le supporte pas ! - Je vais partir alors.

Sa respiration s'est bloquée, ses pensées se sont emballées et son cœur s'est affolé à cette idée. - Tu... Tu vas aller où ? - Euh... je ne sais pas. - Si tu dois partir, alors que je veux tu vives ! Retourne au Camp et renoue le lien !

Elle savait qu'en disant ses mots, elle abandonnait tout avenir avec lui. Son cœur était au bord de l'explosion dans sa poitrine, mais elle était tellement obnubilée à l'idée de le sauver que le perdre de cette façon lui semblait moins cruelle qu'une séparation définitive et irréversible.

- Non. - Cën... C'est... peut être l'unique chance que tu as de vivre ! Tu... tu ne veux pas connaître notre enfant ? - Vous préfèreriez qu'il connaisse un esclave ? ou... - Je veux qu'il te connaisse toi ! Je ne veux pas que pour lui tu ne sois qu'un feu follet de plus dans la forêt ! - Que son père soit mort libre et en luttant !

La souffrance l'a submergé comme un raz de marée :

- Si... Si tu es au Camp... Je saurais toujours où te trouver... Je saurais que tu es là quelque part et que l'espoir n'est pas mort... Cën... C'est la seule solution raisonnable ! - Raisonnable...

Le sang a recommencé à couler, doucement.

- Regarde... Ca ne s'arrête pas... Tu meurs sous mes yeux et tu voudrais que je ne le sois pas. Tu meurs... Parce que tu m'aimes ! - Il ne peut plus en être autrement. Je vais me reposer... - Cën... Je t'aime plus que tout au monde... Je préfère te voir esclave et vivant que libre et mort... Si... Si tu meurs... Je monterais sur le bûcher funéraire et je partirais avec toi.

Elle ne sait pas pourquoi elle a dit ces mots, ils ont jailli spontanément, du plus profond de sa souffrance. La vie sans lui... Sans lui vivant quelque part... Impossible à imaginer ne serait ce qu'un seul instant. Elle sait que si il meurt, la vie ne vaudra plus la peine d'être vécue et que sans lui c'est une éternité de souffrances, de regrets et de remords qui se profilent dans un avenir vide de sens.

Il a tourné la tête vivement vers elle :

- Non ! Vous ne pouvez pas faire ça ! L'enfant ! - A quoi bon vivre si tu n'es pas là ? - Pour lui... - La vie sans toi... n'aura plus aucune saveur... je serais une bien mauvaise mère si tu n'es pas là pour me soutenir. - Je ne serais là dans aucun des deux cas - Toi... tu refuses de vivre pour lui... Je ne vois pas pourquoi je vivrais sans toi...

Elle tremblait de tout ses membres en disant cela et a détourné les yeux pour ne pas qu'il voit ses yeux remplis de terreur et de larmes.

- Vous ne pouvez pas... pas faire ça... - Si je le peux.... Et tu ne seras plus là pour l'empêcher. - S'il vous plaît... Vivez pour lui...

Elle n'a pas répondu, la tête toujours tournée, tremblante au bord du lit. Prenant une grande inspiration, elle l'a embrassé doucement au moment où il sombrait à nouveau dans l'inconscience.

La pluie s'est arrêtée de tomber et un pâle rayon de soleil reflétant sur le plastron qu'elle lustre la tire de son état second. Elle ne sait pas combien de temps elle a passé là, à frotter, mais l'armure a repris son éclat sombre et poli. La pâte est rouge à présent et elle s'en étonne avant de voir que la peau de ses doigts est comme rongée par le frottement continu sur le métal. Le sang qui sourdait de ses plaies sans qu'elle y fasse attention a imbibé la pâte et elle l'a étalé partout sur la plaque de l'armure.

Elle hésite. Tout recommencer en portant des gants et en effaçant les traces de sang ? Ou laisser l'armure telle quelle, espérant un geste d'Elune qui transformerait son sang en une barrière magique ? Elle ne connaît que peu de choses à la magie qui utilise le sang comme vecteur, mais elle sait que son humble travail de polissage a été fait avec amour et dévouement. Aucun magicien ne pourra donc l'utiliser contre lui ou contre elle, c'est tout ce qu'elle sait. Elle repousse le lourd plastron et va jeter dans le feu le peu de pâte qui lui reste, ses doigts la brûlent sous l'action du sel, et elle grimace en rentrant une par une chaque pièce de la lourde armure.

Demain... Demain elle décide qu'elle en refera le rembourrage et elle imagine déjà en pensée comment elle va changer les lanières de cuir qui sont en piteux état. Tout pour ne plus penser... Tout pour ne pas laisser le désespoir la submerger... Elle plaque un sourire sur son visage et se penche sur Cën pour l'embrasser.

mercredi 7 janvier 2009

Mes nuits sont plus belles que vos jours (19/20)

Elle quitte la maison d'un pas pesant, fatiguée de l'avoir veillé une partie de la nuit. Le sang s'écoule de manière sporadique, mais ne s'arrête jamais tout à fait, et la peau de Cën est d'une teinte livide à faire peur. Régulièrement, elle baigne son visage avec de l'eau fraîche, tamponnant ses tempes et essuyant le sang sur son nez, sa bouche et ses joues. Elle regarde le tas de linge souillé qu'elle porte dans un grand panier et son sang se glace peu à peu dans ses veines.

"Il faut que je trouve Mahelys...., songe-t-elle anxieusement, elle sait peut être quoi faire...".

Elle se dirige vers le lavoir où elle remet le linge à Nienna, une lavandière qui lui a proposé ses services quelques jours auparavant. En effet, Nienna , voyant que Khâline peinait à battre le linge, peu habituée à vrai dire à cette tâche, avait eu pitié d'elle. Elle lui a donc dit que, contre une petite rémunération, elle pourrait faire le travail à sa place. Trop heureuse de pouvoir passer plus de temps à veiller Cën, Khâline a acceptée avec gratitude et depuis, chaque matin, elle dépose sa corbeille au lavoir et Nienna la lui rapporte dans la journée, propre sec et replié. Khâline la paye avec un peu de monnaie auquel elle rajoute quelques cuirs ou peaux et chacune y trouve son compte.

Elle revient vite au chevet de Cën, l'essuie à nouveau, l'embrasse sur le front et commence à préparer l'infâme brouet à base de viande qu'il se force à ingurgiter. Elle ajoute quelques fruits secs et une pincée de Sauge Argent. Kharess lui a dit que la Sauge Argent pouvait l'aider, et Khâline tente de mettre le maximum de chances de son côté.

"Tout pour qu'il aille mieux. Elune, je vous en prie, ne le laissez pas mourir de cette façon... Il a donné sa vie pour des druidesses et... j'ai l'impression qu'il meurt à cause de moi... Laissez le vivre... Même si pour cela je dois.... le perdre...".

Elle ferme les yeux et une larme solitaire s'échappe de ses paupières closes. Son cœur se comprime dans sa poitrine et elle serre les dents pour ne pas qu'un sanglot s'échappe et ne le réveille. Elle va puiser un peu d'eau fraîche au puits, en verse une partie dans un broc qu'elle dépose à son chevet. Elle verse l'autre partie dans un plat en creux, dans laquelle elle dépose l'écuelle contenant la viande afin que celle-ci soit encore fraîche quand il se réveillera. Pour finir, elle recouvre l'écuelle d'un torchon propre pour ne pas que les mouches ne viennent, attirées par l'odeur.

Elle regarde le soleil, estimant l'heure, elle sait qu'il ne devrait pas tarder à se réveiller et décide d'aller voir à Ashenvale si Mahelys ne serait pas au Camp.

"Et tant pis pour Merende qui ne veut pas me voir là bas, si elle n'est pas capable de comprendre..."

Elle remonte les couvertures sur le torse amaigri de Cën, l'embrasse légèrement sur la bouche, caresse son visage une dernière et fois et appelle son tigre qui folâtrait dans l'herbe à proximité, poursuivant un feu follet joueur. Elle l'harnache tout en le câlinant et l'enfourche pour se rendre au port.

mardi 6 janvier 2009

Mes nuits sont plus belles que vos jours (18/20)

Des jours plus tard...

Les bras chargés de peaux elle rentre d'un pas pressé à Darnassus, où ils se sont établis ensemble... Enfin, il s'est installé chez elle, dans le rez de chaussée d'une maison que ses parents l'ont forcés à louer il y a des années afin qu'elle n'emplisse pas leur maison de peaux et de cuirs. Elle a fait de la place, rangé ses ballots dans un coin, et l'endroit ressemble enfin à une vraie maison et pas à un dépôt de pelletier.

Elle voit sa haute silhouette de loin et son cœur s'emplit de joie à sa seule vue. Il est levé ! Elle presse le pas et arrivé à quelques mètres de lui elle pousse une exclamation en voyant le sang sur le sol.

- Mon cœur !

Il est blême et tout le bas de son visage est couvert d'un sang rouge vif. Son teint est cireux et il semble à bout de force mais il lui sourit vaillamment :

- Je ne voulais pas salir la maison alors je suis sorti... - Je m'en fiche de la maison, tu devrais rester couché tu n'es pas en état de marcher ! - J'allais en mettre partout ! - Le sang ça part très bien à l'eau froide, tu ne devrais pas te lever !

Elle l'a pris par le bras pour le soutenir et l'a raccompagné jusqu'au lit où il s'est assis lourdement, l'air épuisé par le maigre effort qu'il venait de fournir. Elle a alors saisie la première étoffe qui lui est tombée sous la main et a entrepris de lui nettoyer le visage doucement, trempant le chiffon dans un bol d'eau fraîche.

- Qu'est ce que je peux faire pour t'aider ? ça fait des jours que tu saignes et ça semble empirer ! - Rien... Vous ne pouvez rien faire... - Tu m'as dit que ça t'était déjà arrivé auparavant. C'était quand ? - Je..

Il a hésité pendant qu'elle le regardait, au désespoir.

- Quand ? - Quand j'étais avec Sylïanis, mais je n'avais pas rompu le lien. - Le lien ? - Avec le Clan !

Elle est resté silencieuse un moment, tournant et retournant dans sa tête ses dernières paroles.

- Tu as mangé aujourd'hui ? - Oui... un peu de viande crue. - Tu as faim ? - Un peu...

Après lui avoir embrassé sur la tempe elle a fouillé dans son sac et, tout en lui parlant, a haché menu la viande qu'elle avait ramené pour en faire un ragoût. S'installant ensuite à côté de lui, elle a formé de petites boulettes de viande hachée, qu'elle a commencé à lui donner. Docilement, il ouvrait la bouche et avalait cette pitance d'un air dégoûté.

- J'aime pas la viande crue mais j'en ai besoin - C'est vrai que c'est pas très appétissant... Je préfère les gâteaux moi ! - Et moi les fruits...

Intérieurement, elle s'est promise de passer chez la marchande et lui ramener de jolie pastèque juteuse et mûre à point. Quand l'écuelle est vide, elle la pose sur le sol et l'aide à se recoucher. Sa peau reste livide, l'or de ses yeux a disparu et a été remplacé par une lueur d'obsidienne, assombrissant son regard de manière inquiétante.

- Dors mon amour, je veille sur toi !

Elle l'embrasse tendrement en le serrant contre elle et ne le relâche que lorsque le sommeil l'arrache à elle.

lundi 5 janvier 2009

Mes nuits sont plus belles que vos jours (17/20)

Appuyée contre le torse de Cën, serrée contre lui, elle a fermé les yeux et ne les a rouverts que lorsque le tigre s'est arrêté près d'un cours d'eau. Cën l'a aidé à descendre, l'air un peu ailleurs et il s'est assis sur un rocher, regardant l'eau le regard sombre. Inquiète, elle lui a pris les mains, autant pour le rassurer lui que elle, lui serrant doucement, caressant sa paume de ses pouces.

- Que.. Il s'est passé quoi ? Et qu'à tu voulu dire quand tu as annoncé que tu était libre ? - Ils disent que c'est ma faute si le Clan va mal, que c'est à cause de nous ! Que j'insinue le doute dans les cœurs ! - Qui ça "ils" ? - J'ai trahi les lois du Clan en vous aimant ! - Mais tu n'as rien fait mon amour ! - Certains me comprennent, d'autres me jugent... En un sens, elle a raison ! - Mais qui ça "elle" ? - Shandara, mais elle n'est pas la seule à le penser... - Cën...Tu sais ce que je penses des lois du Clan... Je... Je ne les approuve pas mais tu as le droit d'aimer qui tu veux... Tu es peut être un "Sans mère" mais tu n'est pas un "Sans cœur"... Je ne voulais pas que tu quittes le Clan... - Vous êtes libre de ne pas me suivre

Elle s'est sentie blessé quand il lui a annoncé cette simple évidence et en réponse, elle n'a trouvé que son amour à lui offrir.

- Je... Je t'aime Cën... Et tu sais très bien ce que je ferais...

Il a soupiré et sa voix a pris un ton infiniment triste, les larmes lui sont montées aux yeux et son regard était un mélange de tristesse et de colère :

- Je vais faire quoi, moi, maintenant ? - Je ne sais pas... Mais je serais toujours là pour toi... Tu... Tu veux prendre le temps de réfléchir ?

Il n'a pas répondu tout de suite, et elle l'a pris doucement dans ses bras, comme un enfant malade, appuyant la tête de Cën contre son épaule, sans rien dire, se contentant de lui caresser doucement les cheveux. Elle se sentait complètement désarmée face au désarroi du géant, et ne savait pas quoi dire, sentant son grand corps contre le sien, qui refusait de se laisser aller complètement. Elle a senti une larme couler dans son cou quand il a murmuré :

- Tu as un Rhiwin pour toi toute seule maintenant...

Des sanglots lui sont montés dans la gorge en entendant cette petite phrase, lourde de sens.

- Cën... Tu n'es pas un Rhiwin pour moi, tu es l'elfe que j'aime de tout mon cœur... - Vous voulez bien dormir avec moi cette nuit ?

Son cœur s'est serré encore plus en entendant cette supplication, tout son être lui criait le besoin qu'elle avait de le sentir contre elle, apaisé.

- Tu sais que je ne dors bien que quand je suis dans tes bras...

Il s'est alors relevé, la repoussant doucement.

- Dites moi où vous dormirez ce soir, je viendrais vous y rejoindre. Je vais retourner sur les champs de bataille... au moins là bas, je ne pense plus... Je suis à ma place là bas... et j'ai besoin d'être seul je crois... un peu... - Je comprends... Fais attention à toi s'il te plaît... - Ne vous en faites pas... Je n'ai plus qu'une seule raison de revenir... mais elle les vaut toute... - Comment veux tu que je ne sois pas inquiète quand... tu semble aussi dévasté ? - Je vous aime

Le ton était calme et mesuré, il l'a embrassé et est parti sans se retourner. Elle s'est effondrée sur place, les jambes coupées par l'émotion. Elle est restée là un moment, réfléchissant à ce qu'elle allait pouvoir faire.

"Il faut que je parles à Kat ! Lui saura quoi faire !"

Cette résolution prise, elle court à perdre haleine vers le maître des griffons, et loue un animal pour retourner en ville. Sur le chemin, elle se demande où peut bien se trouver le chasseur, et elle porte un regard distrait au paysage qui défile sous les ailes de sa monture, quand soudain, un cri puissant l'atteint en plein cœur.

"Vella !"

Elle sait désormais que Kathryl est dans la forêt d'Elwynn. Arrivée à bon port, elle jette les rênes du griffon au loueur et sans prendre la peine de le remercier se précipite vers les portes de la ville, où elle retrouve sa monture qui l'attend placidement près des gardes. Elle l'enfourche et, se fiant à son sens de l'orientation, s'enfonce dans la forêt. Elle met peu de temps à localiser le chasseur, mais il ne semble pas seul. En s'approchant, elle se rend compte que Mahelys, la sœur de Cën est avec lui et elle en ressent une sorte de soulagement. A eux deux, ils seront de bon conseil. Elle se laisse glisser de sa monture et se rend compte avec étonnement que ses joues sont couvertes de larmes.

- Cën a quitté le Clan ! Et c'est ma faute !

Mahelys l'a interrompu :

- Ce n'est pas votre faute Khâline ! - Si... Si il n'était pas tombé amoureux de moi, ça ne serait pas arrivé ! - Non... Tomber amoureux de vous lui a fait beaucoup de bien... C'est nous... c'est le Clan...

Elle a regardé Mahelys, une lueur de reconnaissance dans les yeux.

- Vous... Vous croyez ? - Oui, l'une des nôtres lui a mal parlé... et il est persuadé qu'elle a raison, apparemment - Shandara ?

La voix de Khâline s'est faite tranchante tout à coup.

- Elle ne comprend rien à Cën et se mêle de lui dire ce qu'il ne doit pas faire ! Elle me traite d'intruse, et m'a dit aussi que je n'avais pas le droit d'aimer Cën... que je lui faisais du mal... - Calmez vous... Je ne veux pas que Cën rentre au Clan tout de suite... Il a besoin de respirer un peu - Je sais, mais il semble tellement malheureux déjà... En quittant le Clan, il a quitté la majeure partie de sa vie...

Mahelys l'a regardé d'un air pensif :

- Je pensais lui laisser la nuit pour réfléchir... Vous pourrez lui dire que sa sœur a besoin de lui au Clan... en plus de l'Heryn ? - Je lui dirais... je vous le promets.

Elle a essuyé les larmes qui maculaient encore ses joues et a salué Kathryl et Mahelys.

- Je vais aller voir du côté du recrutement des champs de bataille si je le trouve... Avec un peu de chance, il sera encore là.

Quelques instants plus tard, elle franchissait l'entrée du donjon de Stormwind et courait dans le long couloir qui mène à la salle de recrutement. Son cœur battait à tout rompre, et elle a cru défaillir quand elle a aperçu sa haute silhouette, parmi les quelques recrues encore debout dans la nuit. Il semblait si seul et accablé que sa poitrine s'est serrée de chagrin.

"Mais quel gâchis..."

dimanche 4 janvier 2009

Mes nuits sont plus belles que vos jours (16/20)

Hier... (post original daté du 25 mars 2008)

C'est une caresse sur ses cheveux qui la tire du profond sommeil dans lequel elle est plongée. Elle sourit, profitant de l'instant, mais quand elle ouvre les yeux et le regarde, la nuit précédente lui revient en mémoire et son cœur se serre. Cën, visiblement, n'a que peu dormi, son regard est las, noyé de chagrin, mais il la regarde toujours avec tout l'amour du monde dans les yeux.

- Il faut se lever mon amour, Minalei doit faire les chambres - Hmm Déjà ? J'ai l'impression de ne pas avoir assez dormi !

Il sourit et la taquine. - Et pourtant, à peine étions nous couché que vous étiez déjà partie, j'ai même cru que vous alliez vous mettre à ronfler ! - Hey je ronfle pas !

Elle lui donne une légère bourrade en souriant puis s'accroche à lui quand il entreprend de la sortir du lit. Elle constate qu'il a déjà pris un bain, ses cheveux sont encore humides et son armure bien astiquée. Il lui passe doucement un linge humide sur le corps pour la rafraîchir un peu, la sèche et l'aide à enfiler ses vêtements. Il l'effleure de ses grands doigts, puis pose sa main sur son ventre et l'embrasse d'un baiser à la fois possessif, protecteur et rempli d'une sorte de désespoir.

"Qu'avons-nous fait, par Elune, pour qu'il en arrive là ?"

Main dans la main, ils sortent de l'auberge, ne se souciant pas d'être vu. Il l'embrasse une dernière fois avant d'aller rejoindre les champs de bataille, et elle le regarde partir, le cœur serré d'appréhension.

"Elune, garde le sur ton cœur et protège le quand je suis loin de lui !"

Prise d'une faim dévorante, elle court acheter de quoi déjeuner et va s'installer au sommet de la cascade qui domine l'Aldor. Elle étale ses provisions sur son sac et entreprend de dévorer tout ce qu'elle a acheté : des fruits, mais aussi du lait, des gâteaux et des bâtonnets de poissons. Pour terminer, elle sort de son sac une barre de chocolat qu'elle a trouvé dans un œuf, et le savoure tout en repensant aux évènements de la veille, tentant de mettre de l'ordre dans ses pensées.

L'objectif de la veille en terme d'aventures, était d'aller rendre visite à Onyxia, l'horrible dragonne qui sommeille dans une caverne au fin fond des marécages d'Âprefange. Nonobstant la présence de Merende et d'une bonne partie du Clan, Khâline a pris sa place dans l'expédition, son rôle étant uniquement de soigner Cën et de l'empêcher de tomber sous le souffle de feu de la bête. L'expédition a été une réussite totale et éclatante, et elle a même eu le droit de dépecer le cadavre !

Après avoir exposé la tête à l'entrée de Stormwind, comme le veut la tradition des chasseurs de dragons, ils se sont tous rendus dans l'auberge de Goldshire afin de célébrer leur victoire, mais, rapidement, Khâline ne s'est pas senti à sa place dans l'atmospère joyeuse, et quand Cën a distribué les cruches d'hydromel, elle en a vidé plusieurs d'affilée, sentant rapidement l'alcool lui monter à la tête. Ignorant Merende qui la regardait d'un air désapprobateur et envoyait des signes à Cën pour qu'il s'occupe d'elle, elle est sortie marcher dans la forêt s'éloignant de l'auberge.

Quand Cën l'a retrouvé, elle avait fait un tour complet, et contemplait la petite mare d'un œil distrait. Et après...

Khâline soupire en songeant aux éléments qui se sont passé ensuite... Elle était en train de discuter dehors avec Leythalas, qui lui proposait son soutient et son aide pour son accouchement, quand elle a entendu la voix de Cën s'élever dans l'auberge. Elle a couru pour connaître la raison de son emportement et quand elle est arrivée elle a distingué la voix de Shandara qui disait quelque chose qu'elle n'a pas compris et celle de Cën, grondant de colère, qui lui répondait :

- J'ai versé pour le Clan plus de sang qu'il n'en coule dans vos veines !

Khâline a frémit en entendant ces mots, et quand elle a vu Cën redescendre, l'air furieux mais déterminé elle a craint le pire. Il la regardé, le regard brillant, et une question lui est montée spontanément aux lèvres :

- Qu'est ce qui se passe ? - Je suis complément libre maintenant ! Tu viens avec moi ?

Elle n'a pas tout de suite saisi la portée de ses paroles.

- Libre ?

Cën a plongé ses yeux dans les siens et demandé d'une voix fébrile, désespérée

- Tu viens avec moi ou pas ?

Elle a soufflé :

- Oui !

Il lui a pris la main et l'a entraîné dehors, elle a distingué la voix de Shandara qui criait "Lâche !", les exclamations de surprises de Leythalas, Galadrinn et Kathryl qui suivaient la scène d'un air atterrés, mais elle n'y a pas prêté attention. Cën la portant presque, a enfourché son tigre, l'a fait monter devant lui et encourageant sa monture, a piqué des deux en direction des Carmines.

Il venait de quitter le Clan...

samedi 3 janvier 2009

Mes nuits sont plus belles que vos jours (15/20)

?? Jour

Kharess vient de la quitter, et comme souvent, Khâline ressent une légère amertume en la voyant partir. Les deux sœurs sont aussi dissemblables que possible, autant par leur physique que par leur comportement. Alors qu'elle possède une magnifique chevelure violette, sa sœur, elle, a hérité des cheveux couleur de lune de leur père, qu'elle noue en une queue de cheval assez haute, plus pratique dit-elle, quand on exerce son "métier".

"Métier... Tu parles, comme si faire les poches des gens étaient un métier..." songe-t-elle, agacée comme chaque fois qu'elle pense à la voie que Khar a choisi de suivre.

Elles sont de la même taille ou presque, et contrairement à elle, Kharess a le visage marqué de tatouages rituels, qui mettent en valeur son regard et son sourire. Elle lui envie le grain de beauté qu'elle exhibe sans complexe à la naissance de sa poitrine, mais n'aurait pour rien au monde voulu se faire tatouer comme sa sœur l'a fait, y compris sur la hanche, alors que rien ne l'y obligeait.

Kharess est venu la voir pour lui donner quelques nouvelles et lui apporter les potions qu'elle lui promettait depuis des semaines. Elles ont parlé d'un peu de tout, elle s'est enquis du bébé et du futur papa, et elle a appris que Kharess avait rencontré Cën il y a bien longtemps, quand elle était encore avec Kathryl. Khâline a bien remarqué que sa sœur avait encore un peu de mal a évoquer le nom du chasseur, même si elle semble ne plus attacher importance à leur séparation.

- C'est mieux comme ça tu sais. Je ne suis pas là assez souvent, je n'aurais pu que lui apporter de l'amertume... Et je crois que... que l'amour s'en est allé tout seul finalement. Il va se trouver une gentille elfette qui lui collera les basques à longueur de journée, ça le changera de moi. Et moi...

Elle a sourit en disant cela et Khâline a très vite compris que sa sœur se donnait du bon temps. Elle écoutait à moitié ce que celle-ci lui racontait sur ses diverses frasques tout en cousant un carquois, quand soudain un nom a attiré son attention. Elle a relevé la tête.

- Yijael tu dis ? - Ben oui, un voleur aux yeux verts. Tu le connais ? - Heu, vaguement oui, d'ailleurs Cën n'aime pas que je lui parle, il trouve qu'il a les mains trop baladeuses ! - S'il n'avait que les mains... Ce type embrasse comme personne !

Sa sœur riait en disant cela, et Khâl a froncé les sourcils.

- Il t'a embrassé ? - Si il n'avait fait que cela...

La voix de Kharess s'est faite volontairement langoureuse, et elle pousse de petits soupirs évocateurs, se moquant de la pruderie de sa sœur.

- On a un peu fumé de la Feuillerêve et il m'a emmené visiter un bout de grotte que je ne connaissais pas. Et... - Et quoi ? - Tu veux que je te fasse un dessin ?

Khâl a rougit.

- Heu non, ça ira. Mais tu sais que tu ne dois plus fumer de Feuillerêve, ça te mets dans des états pas possibles - Hey cocotte ! J'ai tiré deux ou trois taffes, ça va hein, je me suis pas tapé toute la récolte de la semaine !

Khâline se souvient de ce jour là, où elle a retrouvé sa sœur, en plein délire, qui cherchait l'escalier pour monter dans sa chambre. Elle était complètement partie, hilare, et disait des phrases incohérentes sur Elune et les étoiles qui bougeaient dans le ciel. En fouillant dans le sac de Khar, elle a découvert des miettes de Feuillerêves, mais aucune plante complète.

- Où sont les plantes dont tu avais besoin ? - Hummm quoi ? les plantes ? - Oui les feuillerêves, tu sais que tu t'en sers pour faire des flacons ! Tu avais une commande urgente ! - Ah heu... j'les ai fumé avec ma copine Änka.

Kharess arborait un sourire complètement niais en évoquant l'elfette.

- Quoi ? Tu as fumé l'équivalent de trois jours de cueillettes avec cette dépravée ? - He ho ! Tu parles pas comme ça de ma copine hein... Pis on n'avait pas cueilli pendant trois jours...

Après avoir réussi à interroger l'autre elfette, qui se trouvait dans un état analogue à celui de Kharess, Khâline s'était rendu compte qu'elles avaient fait main basse sur la récolte de toute une semaine, et qu'elles avaient passé les deux derniers jours à ne faire que cela : fumer...

Khâline secoue la tête pour chasser ses souvenirs. C'est décidé, elle ira parler à Yijael pour lui demander de ne plus faire fumer sa sœur. Pour le reste, elle s'en moque, elle sait que Khar est une grande fille, capable de se protéger seule. "Au moins un avantage à son métier... Elle sait de quel côté on attrape une dague...."

- Tu... Tu es amoureuse de Yijael ? - Tu rigoles ? C'est un bon coup, mais tu me vois tomber amoureuse moi ?

Kharess secoue la tête en riant.

- J'tomberais plus amoureuse tu sais... Rester promise aussi longtemps à quelqu'un, avoir fait confectionner sa robe de marié et tout ce qui va avec pour me retrouver après sans personne, merci j'ai déjà donné. Je couche parfois avec Yijael parfois avec d'autres, on prend du bon temps ensemble, le reste, rien à faire tu vois ?

Khâline ne voyait que trop bien mais n'a rien dit à sa soeur. Elle a profité de sa présence pour coudre les renforts qu'elle avait préparé pour son armure et elles se sont quittées en se promettant de se revoir bientôt. Elle a regardé partir sa soeur d'elle fendant la foule, silhouette altière et sûre d'elle, vêtue de sa tenue de cuir rouge, et a soupiré en reprenant le carquois qu'elle était en train de confectionner.

vendredi 2 janvier 2009

Mes nuits sont plus belles que vos jours (14/20)

19ème nuit

Ce soir là, elle reçoit un message de Vella, qui arrive les ailes déployées, droit sur elle, et se perche familièrement sur son épaule. Elle flatte les plumes de l'oiseau qui se rengorge de plaisir, et lui glisse dans le bec un cœur en sucre pour la remercier. Elle récupère le petit parchemin attaché à la patte de la chouette et le déroule:

"Besoin d'un coup de main rapidement à la vielle tour, tes talents de soigneuses vont nous servir."

Du premier coup d'œil, elle a reconnu l'écriture de Kathryl, l'elfe qui a longtemps été le promis de sa sœur. C'est quelqu'un de fiable, et elle sait qu'il ne l'enverrait pas chercher pour rien. Rapidement, elle fait l'inventaire de son sac. Les graines et les plantes sont à leur place, soigneusement rassemblées, les flacons dont elle peut avoir besoin sont protégés dans des étuis de cuirs, et elle a assez de bandages pour transformer en momie un bon tiers d'Azeroth. Elle tâte sa tenue de cuir, toutes ses amulettes sont accrochées, sa calebasse pend à son côté et son bâton vient d'être soigneusement poli : il brille de mille feux.

"En route !" Vella la quitte en émettant un chuintement approbateur quand elle la voie enfourcher son tigre et s'envole à tire d'aile rejoindre son maître. Arrivée à la vieille tour, elle est accueilli par Kathryl mais aussi par ... des membres du Clan. Cën lui fait un clin d'œil et un sourire sous son casque, et elle reste muette de saisissement.

"Quoi ? C'est eux qui ont besoin de moi ?" Elle prend place dans le groupe, et suit docilement ceux qui ouvrent le chemin. La tour est bien nettoyée déjà, et elle arrive tout juste pour aller affronter Arran.

"Oh Misère... Il m'aime pas lui..." Fait est dit... Au cours du combat, il l'envoi par quatre fois au tapis et son moral et sa fierté en prennent un coup. "Décidément, j'ai pas de chance, pour une fois que je pouvais me faire bien voir du Clan". Elle sent le regard de Merende peser parfois sur elle, mais elle évite de la regarder, tâchant d'oublier que c'est elle qui a ordonné les coups de fouet qui marquent le dos de Cën. Son but est de maintenir les gens en vie, les querelles doivent rester à l'entrée.

Bien plus tard, Cën, harassé l'a rejointe, pas très loin de la vieille tour, dans l'auberge de Sombre Comté. L'endroit est sinistre, mais il s'est dit si fatigué qu'il ne pourrait pas aller plus loin.

"Mais pourquoi suis-je en train de faire ça ?"

Khâline roule à terre, tentant d'éviter les coups que Cën est en train de lui porter. Et il ne fait pas semblant le bougre ! Elle lui fait un croche-pied pour le déséquilibrer au passage, il vacille, elle en profite pour le mettre dans un sarment et reprend son souffle à quelque pas de lui.

Elle lui balance un éclat lunaire et revient au corps à corps, lui décochant une rafale de coups de poing dans lesquelles elle tente de mettre toute la hargne qu'elle porte en elle. Et miracle ! Il s'effondre à ses pieds pour la seconde fois en quelques minutes, en souriant.

- Je, j'ai gagné ? - Oui, mais vous savez que sans arme, je ne vaux rien du tout !

Elle lui applique un bandage, et au passage note que son dos est presque entièrement cicatrisé. C'est qu'ils sont en sous vêtement sur la place devant l'auberge, en train de tester leurs compétences de combat! Elle, elle a quand même gardé son tabard pour éviter les regards désapprobateurs, mais ne se sent pas très à l'aise, alors que lui en simple pagne semble toujours dégager une puissance et une force impressionnante.

- On recommence ? - Attendez une seconde, je reviens.

Il court chercher la plus petite épée qu'il possède et ils reprennent position. Et cette fois, elle comprend sa douleur. Alors que l'épée semble minuscule dans les mains de Cën, il en fait une arme redoutable, la clouant au sol, l'assommant presque, tournoyant autour d'elle, feintant, la touchant, la poussant dans ses retranchements.

Elle n'a d'autre recours que d'essayer d'éviter qu'il ne s'approche trop d'elle, le sarmente, feinte aussi en se transformant en chat et il en rit ! Déstabilisée, elle reprend sa forme, tente de le repousser des deux mains, utilise l'arsenal féminin de base : gifle, coups de pied, lui plante ses ongles dans les biceps, tente une nouvelle fois de le faire tomber et c'est elle qui se retrouve à plat dos par terre, haletante, en sueur et un peu vexée d'être aussi mauvaise.

Il la relève tendrement d'une seule main, lui caressant les cheveux, tout en lui expliquant les fautes qu'elle a commises. Il la serre contre lui, l'embrasse et commence à lui passer ses vêtements. Elle sourit, se laissant faire, plus habituée à ce qu'il fasse le contraire quand ils sont ensemble. Il lui noue sa cape, lui met une petite tape sur les fesses et la défie à nouveau.

- Allez, on va voir si vous me battez comme ça ! - Mais tu es fou ! Je risque de te faire plus mal, regarde ! Mon bâton est trois fois plus gros que ton épée ! Tu n'es même pas rhabillé !

Il sourit et ne répond pas, se mettant en garde face a elle. Ils ont renouvelés trois fois encore l'expérience, et trois fois encore, elle a perdu. A chaque fin de combat, pendant qu'il la cajole et la câline, il lui montre là où elle fait des fautes, là où elle prend l'avantage... C'est instructif mais fatiguant, surtout après la soirée passée dans la vieille tour.

En riant de leurs bêtises de la soirée, ils finissent par convenir que l'endroit est beaucoup trop lugubre pour eux et se rendent rapidement à l'auberge de Goldshire. Ils y sont accueillis par une servante qui a l'air de s'ennuyer ferme en cette fin de nuit, et qui les as regarde monter à l'étage avec un œil suspicieux, notant que le peu de peau visible du couple était criblée de bleus.

mercredi 31 décembre 2008

Mes nuits sont plus belles que vos jours (13/20)

17ème nuit/18ème jour

Roulée en boule sur les couvertures, Khâline se ronge les sangs en attendant que Cën la rejoigne. Elle caresse doucement son ventre, chantonnant une ancienne berceuse dont les origines se sont perdues depuis longtemps et elle repense à la fin de la nuit précédente.

Après leur discussion dans les Carmines, ils se sont réfugiés à l'abri d'une immense grotte où un bateau attend de passer les portes qui le protège aux yeux du monde. Sur le pont, ils ont longuement discuté, et Cën lui a dit que certaines druidesses risquaient de demander ses services pour une nuit. Elle a accusé le coup, mais elle sait que cela risque d'arriver un jour ou l'autre...

"Pourvu que ça soit le plus tard possible..."

Il lui a sourit et l'a attiré contre lui pour un baiser fougueux. Elle s'est mise sur la pointe des pieds pour être encore plus près de lui et le serrer dans ses bras. Elle a senti une épaisseur inhabituelle sous son plastron, et les coups de fouet lui sont revenus en mémoire. Il alors a laissé tomber sa cuirasse, et les bandages entourant son torse sont apparus. Ravalant sa salive, encore malade à l'idée de ce qu'il a subi, elle l'a regardé s'en débarrasser à gestes mesurés, et lui montrer son dos.

"Par Elune...."

Elle reste muette, contemplant le désastre. Les plaies sont encore sanguinolentes, Mahelys a dû être obligé de lui débrider tout à l'heure, elles s'étaient surinfectées... Le dos, déjà couvert de cicatrices anciennes, est dans un piteux état, et la chair boursouflée, éclatée même, noircie à certains endroits, bleue à d'autres, rouge partout ailleurs est une preuve que les coups qui lui ont été porté l'ont été fait avec force. Elle ravale sa salive, mais n'ose pas le toucher, tellement le spectacle est horrible. Elle approche doucement sa main mais la retire aussitôt, la peau est brûlante, elle le sent même à distance, preuve que l'infection couve encore.

Elle tremble sans pouvoir s'arrêter, et c'est lui qui la prend dans son giron pour la consoler. Elle sanglote, s'accusant de tout, et il la console doucement, la berçant, la rassurant, lui disant qu'elle n'y est pour rien, qu'il a choisi de rester avec elle plutôt que de rentrer, qu'il l'aime, qu'elle ne doit pas s'en faire, qu'il en a vu d'autres... Elle met longtemps à s'apaiser contre lui et ils finissent par faire l'amour...

Et là... La magie guérisseuse qu'elle ne connaît pas vraiment, opère à nouveau, mais différemment cette fois. Au plus fort de la passion, elle n'a pas senti le pouvoir monter et se répandre sur son dos, de manière très légère et fugace. Quand ils sortent enfin de l'état de grâce dans lequel ils étaient plongés, c'est pour remarquer qu'elle a les mains couvertes de sang, et qu'une marque de coup de fouet est apparu dans la paume de sa main droite. Décontenancée, elle regarde son dos et constate que la peau n'est plus noire, et les blessures en bonne voie de guérison, malgré le sang qui suinte encore. Par contre, là où sa main s'est posé pendant l'amour...

- Cën... - Oui ? - Je... il y a la trace de la main sur ton dos...

Il a sourit.

- ça partira ne vous inquiétez pas ! - Je... Non... Je ne crois pas, on dirait que ... c'est une cicatrice que je t'ai faites. Tu n'as pas mal ? - Non pas du tout !

Ils se sont endormis, elle étendue sur son corps, à sa demande à lui. Il aime la tenir ainsi, elle est tellement légère qu'elle ne le gêne pas pour dormir. Il pose toujours une main sur sa taille, pour l'empêcher de glisser et elle se sent à chaque fois tellement en sécurité, tenue ainsi contre lui, qu'elle dort comme un bébé.

Mais ce soir Cën ne viendra pas... Elle le sent... Cela fait plus de deux heures qu'elle l'attend et elle a épuisé ses larmes pour s'endormir d'un mauvais sommeil.

Dans la journée, ses obligations la poussent à aller à Stormwind, la ville humaine qu'elle aime tant. La place devant la banque grouille tellement de monde qu'elle en reste étourdie un instant, n'osant se mêler aux passants qui semblent si pressés et courent partout.

C'est alors qu'une jeune elfe, qu'elle se souvient avoir vu au camp l'a regardé, comme si... Comme si elle était une intruse. Son regard l'a traversé et elle est resté interdite devant l'hostilité manifeste de celle-ci.

Elle l'a salué, sans se souvenir de son prénom, et elles ont entamés une discussion que Khâline a jugé un peu décousue. Mais rapidement, elle pris conscience d'une chose : cette elfe... C'est celle qui avait fouetté Cën ! Elle a ouvert de grands yeux sous le choc, mais l'autre continuait à débiter des bêtises à propos du bébé de Naneth, privé de mère, et à lui dire qu'elle ferait mieux de renoncer à Cën. Kat est alors arrivé et a participé à la conversation, mais le brouhaha ambiant, l'hostilité non dissimulée de l'elfe, tout contribuait à saper ses forces.

Elle a rompu la conversation et est partie calmer ses nerfs éprouvés dans la forêt. Elle se souvient que Shandara - le prénom venait d'effleurer sa mémoire - lui a parlé qu'elle devrait renoncer tant qu'il est temps, qu'elle n'allait que souffrir, bref, elle semblait à côté du sujet, ne connaissant manifestement pas Cën... Ni elle! Elle s'emporte à ce souvenir :

"Mais de quoi se mêle-t-elle ? J'aurais pu la tuer pour ce qu'elle lui a fait ! Elle était si sûre de détenir la vérité ! Elle pensait connaître ce qui se passe entre Cën et moi ! Et ne m'a pas cru quand je lui ai dit que si Cën ne m'avait pas laissé dormir ce matin là, jamais sa peau n'aurait portée de nouvelles cicatrices ! Je l'aurais tué de mes propres mains si il avait fallu le faire !"

Cette pensée, tuer quelqu'un la glace de terreur : "Comment puis-je penser cela, moi qui ai juté de venir en aide à tout ceux qui souffrent, moi qui ai toujours gardé la voie de la guérison, moi... qui soigne parfois sans le vouloir..."

Elle est resté longtemps au bord de l'eau, tournant et retournant dans sa tête cette impulsion de tuer qui l'a saisit si brusquement...

mardi 30 décembre 2008

Mes nuits sont plus belles que vos jours (12/20)

17ème nuit

Elle l'a attendu longtemps à Stormwind, patientant non loin du maître des griffons, les yeux dans le vague guettant son arrivée. Il lui avait promis qu'il arrivait vite mais une Hilneth a eu besoin de ses services d'escorte pour un rendez vous dans le parc de la ville. Quand les douves et le pont de l'entrée l'ont lassé, elle s'est transformé en un magnifique félin et a pris la direction du parc.

Son cœur a bondi quand elle a reconnu sa silhouette caractéristique dans le petit groupe qui discutait. Se fondant dans les ombres, elle l'a sciemment frôlé avant d'aller se coucher au pied du Puits de Lune. Elle sait qu'il l'a vu, elle sait qu'il se retient de jeter des coups d'œil vers elle, et elle profite sans vergogne de l'occasion pour l'observer, bien camouflée.

Elle se délecte de le voir, de le respirer, de savoir qu'il se tient à quelques pas d'elle et que, dans peu de temps, elle pourra profiter de la chaleur de ses bras. La discussion semble s'envenimer avec l'arrivée d'un nouveau venu. Elle ne le connaît pas, tout comme elle ne connaît pas la jeune elfe qui discute avec Mahelys. Ce ne sont pas ses affaires, et ils emploient des mots tellement bizarres...

Elle décide d'aller se dégourdir les pattes, et quand elle revient ils ont disparus... Elle suit leur odeur jusque dans la forêt : celle de Mahelys, mais surtout celle de Cën, qu'elle est capable de reconnaître les yeux fermés tellement elle est imprégnée dans sa mémoire. Elle passe non loin de la petite maison où ils se trouvent et se dirige vers les Carmines.

A nouveau, elle attend longtemps, s'inquiétant de ce rendez vous qui dure... Quand il est arrivé, elle était tellement heureuse de le voir qu'elle a eu un temps d'arrêt, sans oser l'approcher. Il a alors ouvert les bras, et elle s'est jeté à son cou en tremblant d'émotions. Elle n'arrivait pas à le lâcher, se délectant de son contact, de ses mains sur ses hanches et de sa bouche sur la sienne. Il était enfin là, et elle se sentait à nouveau vivante, plus rien d'autre n'existait à ses yeux.

Elle a voulu lui montrer ce qu'elle avait enfin obtenu après des dizaines de tentatives toutes plus frustrantes les unes que les autres : sa coiffe du Cœur Sauvage. Il a sourit, puis son visage s'est fermé quand elle a prononcé le nom d'Yijael, celui qui l'a aidé à la gagner. Elle n'a pas compris tout de suite ce qui le mettait dans une colère noire... Très vite la conversation a pris un ton déroutant :

- Il vous a touché ? - Il a essayé, répondit elle en souriant toujours, tripotant sa coiffe toute neuve. - J'vais le tuer... - Oh non ! Il a été tellement gentil de m'aider ! et il m'a sauvé la vie plusieurs fois !

A ce stade, Cën semblait bouillir de rage.

- Il ne fait jamais rien pour rien - Mon cœur... Il m'a juste mis la main aux fesses deux ou trois fois, pas plus... Pas pire que quand je vais soigner dans les champs de bataille tu sais...

Cën n'a pas répondu, elle a donc continué très vite, finissant de crever un abcès qui n'avait pas lieu d'être. Elle rougissait en baissant la tête :

- Il m'a aussi demandé un bisou en guise de remerciement et il a tourné la tête au dernier moment.... - La main aux fesses... comme à une vulgaire catin... Le ton de Cën était rageur - Et il vous a embrassé ? Il est mort !

Un silence, et Cën a repris :

- Il vous plaît ? - Pardon ?" Elle a relevé la tête, outrée - Oui bien sûr... Il plaît à tout le monde..." Le ton était amère. - Comment ça ? Me plaire ? - Pourtant, il est beau, drôle... rebelle...

Elle était complètement décontenancée mais a rit :

- Beau ? avec sa moustache et ses lunette ? Cën... je t'ai trouvé amusant, c'est vrai, mais juste parce qu'il me distrayait, et que ça m'évitais de broyer du noir en pensant à toi... Mais il n'y a que toi dans mon cœur, tu devrais le savoir ... - C'est un voleur... et il vole surtout des cœurs ! - Comment pourrais je tomber amoureuse d'un type qui appelle toutes les femmes "chérie" ?

Un temps d'arrêt... et Cën reprend

- On vous met la main aux fesses sur les champs de bataille ?

Elle s'énerve un brin :

- Ecoute Cën, on m'a mis la main aus fesses aussi bien sur les champs de bataille, qu'en ville ou ailleurs ! A croire que mon postérieur est un aimant pour les mains des types en mal d'affection ! Et là j'ai pris soin de rester la plupart du temps hors de portée de ses mains, pour lui éviter la tentation ! Par Elune ! Il a même mis la main aux fesses sur Malicia ! ça doit être un réflexe chez lui, c'est pathologique !

Elle a fait une pause et a ajouté, un peu pour elle-même :

- Pis je dois pas lui plaire, j'ai de trop petits seins pour lui alors... - Vos seins sont parfaits ! - C'est tout ce que trouves à me dire ? - Je vous fais confiance. Mais j'aime pas le voir traîner autour de vous. - Tu n'iras pas le tuer alors ? - J'aime pas savoir que des soudards vous touche et vous manque de respect.

Elle a sourit, amusée :

- J'ai déjà distribué quelques baffes à ce propos tu sais ? - Hum... Vous auriez dû faire de même, a-t-il dit en souriant. - Hmmm t'es trop grand pour moi... et toi... c'est pas pareil... ça n'a jamais été pareil... - Vous avez cru que je vous manquais de respect ? - Non... tu m'as surprise, je te l'ai dit. Je... ne connaissais pas cette partie de tes fonctions au sein du Clan - J'en avais envie aussi

Elle a rougit :

- Oh, tu ne me l'avais jamais dit auparavant. - Je vous trouvais séduisante, et votre façon de me parler à l'auberge, votre façon d'être avec moi... - Tu avais appréciée ma tenue je crois... - Je vous avais dit que c'était normal que les mâles vous tournent autour avec cette robe qui dévoilait vos hanches et vos cuisses. - Je vous ai proposé de passer la nuit avec vous. Et j'en ai eu encore plus envie quand j'ai su que vous étiez vierge. - Oh... - Votre attitude vis-à-vis des hommes... ça vous serait arrivé de toute façon. Vous êtes belle, douce et sensuelle, je pensais pouvoir vous faire découvrir ça comme vous le méritiez...

Elle a murmuré :

- si tu savais le nombre de fois où des hommes ont voulu passer la nuit avec moi... - Pourquoi moi ? Vous ne m'aimiez pas encore... - Pourquoi ?

Elle a marqué un temps d'arrêt, pour mieux ordonner ses pensées et calmer son cœur qui battait la chamade dans sa poitrine.

- Parce que... Quand tu m'as embrassé, mon cœur a fait un bond comme s'il allait sortir de ma poitrine... parce que tu es celui en qui j'ai le plus confiance... parce que je te trouvais attirant avant, avec cette déférence envers les druidesses... Parce que je savais que tu ne me ferais aucun mal... pour moi c'était une certitude... - C'était une évidence... Je vous aime Khâline. - Et aussi... parce que je n'en avais jamais eu envie auparavant... je veux dire... jamais je n'avais perdu la tête quand on m'embrassait alors que... avec toi j'ai carrément oublié où nous étions... Je t'aime Cënëdril... - Je veux qu'il n'y ait plus que nous... - Il n'y a plus que toi... à tout jamais...

Il lui a caressé le ventre en souriant et elle a répondu à son sourire:

- et lui ? - Lui ? Je l'aime parce que c'est toi qui me la donné. Cën... Même si on a pas fait attention... Je suis fière de porter ton enfant... notre enfant...

lundi 29 décembre 2008

Mes nuits sont plus belles que vos jours (11/20)

16ème jour

Elle erre comme une somnambule dans la forêt d'Ashenval. Ces deux derniers jours ont été tellement déroutants qu'elle ne sait plus ce qu'elle doit penser. Cën a-t-il le droit de l'aimer ? Où est-il ? Que fait-il en ce moment où elle aurait besoin du réconfort de ses bras ?

Elle ne doit pas retourner au Camp, c'est une certitude, Chysië lui a en quelque sorte conseillée de se faire oublier. Oui mais comment ? Il y a eu ce qui a ressemblé à des affrontements d'autorité entre Chysië et un vieil elfe aux yeux blancs. Celui-ci semble tenir aux traditions ancestrales... Elle n'a pas tout compris des enjeux, tellement obnubilée par Cënëdril que sa poitrine en était douloureuse.

"Oh mon amour... Mon cœur saigne à chaque fois que je crois reconnaître tes pas derrière moi... Mais je me retourne et ce n'est jamais toi, ce n'est jamais ton sourire ou ton regard que je vois, mais toujours celui d'un inconnu qui me regarde... J'aimerais tant retrouver le refuge de tes bras pour que tu me consoles, me prenne contre toi et me dise que tout cela n'était qu'un rêve".

Elle pâlit en repensant aux taches de sang par terre. Elle n'a pas pu l'approcher pendant les quelques instants qu'il a passés au Camp avant de partir à la recherche de quelqu'un. Elle ignore tout de l'état de son dos, ni de l'étendu des dégâts du fouet sur sa peau... et sur son âme.

"Elune... je vous avais supplié de me punir moi... pas lui... C'est injuste qu'il souffre parce qu'il aime, c'est injuste qu'il souffre parce que je l'aime... Je donnerais tout pour effacer ce qu'il a subi à cause de moi..."

Une crampe lui broie soudainement le ventre et elle se penche en avant, vomissant sur la mousse du chemin. Nauséeuse, la tête lui tourne et elle tombe à genoux, tentant d'endiguer la bile qui lui brûle l'œsophage. Elle crispe les mains quand une douleur la traverse à nouveau, et se laisse tomber, haletante, baignée de sueur priant Elune pour que le malaise se passe.

De longues minutes plus tard, son souffle s'apaise. Elle se relève, le corps douloureux et le cœur toujours en berne. Elle ne sait toujours pas ce qu'elle doit faire, ce qu'elle doit penser, et dans son esprit tourbillonne une pensée qu'elle tente vainement d'occulter : pourvu que le bébé aille bien...

dimanche 28 décembre 2008

Mes nuits sont plus belles que vos jours (10/20)

13ème nuit

La journée est passée sans agitation particulière ni évènement spécial, juste les préparatifs du Clan qui retourne ce soir à la vieille tour. Elle a enfin commencé à découper et à coudre l'un des carquois qu'on lui a commandé, et l'opération minutieuse l'absorbe toute entière. Il ne faut pas qu'elle se trompe en taillant les plumes et le cuir qui en font la structure, sinon elle devra tout brûler et recommencer. A chaque point qu'elle pique, elle murmure une mélopée bizarre, en ancien elfique, et qui parle de la bénédiction qu'Elune a apporté sur le monde.

Cën l'a a nouveau nourri, il lui a préparé une délicieuse omelette qu'il lui a fait avaler bouchée par bouchée vers le milieu de la journée. Elle ne sait pas ce que peuvent penser les autres à ce sujet, et à vrai dire elle s'en fiche un peu, elle ne mange que pour lui et son appétit n'est pas entièrement revenu.

Pendant qu'ils étaient à la vieille tour, elle en a profité pour nager dans le lac, prenant le temps de laver longuement ses cheveux avec le restant du savon que Cën lui avait donné. Elle a aussi nettoyé sa tenue de cuir, qui commençait à sentir fort la fumée et en a profité pour la réimperméabiliser avec un mélange de graisse d'ours et d'huile de lin.

Quand Cën est rentré avec les autres, elle a bien vu que son armure était cabossée à certains endroits, et qu'il semblait avoir été blessé. Il a disparu dans sa hutte et le camp a enfin trouvé le calme dans la nuit. Au bout de quelques minutes il est réapparus et s'est approché d'elle. Il lui a murmuré :

- Venez avec moi !

Sans un mot, elle s'est levé et l'a suivi, intriguée. Il l'a juchée sur son tigre, s'est installé derrière elle, sans parler. Pendant la chevauchée qui les a amené dans une grotte oubliée de tous, il n'a rien dit, se contentant d'enfouir son visage dans ses cheveux et de la respirer avidement. Il l'a aidé à descendre, a tiré des fontes de sa selle une épaisse couverture qu'il a étalée dans une légère dépression du sol. Il l'a invité à s'installer dessus et a rapidement allumé un petit feu pour chasser la fraîcheur de la nuit.

Quand il l'a enfin rejointe sur la couverture, elle ne rêvait que d'une chose : qu'il l'embrasse passionnément pour tout oublier dans ses bras. Il l'a prise tendrement contre lui et lui a fait l'amour comme jamais... Le temps s'est suspendu pendant ces instants magique où il n'y eu plus de Hilneth, plus de Rhiwin mais juste deux elfes éperdument amoureux l'un de l'autre, avides de profiter de l'instant...

- Je t'aime Cën, j'aime ta façon d'être, ta façon de me faire l'amour, quand tu oublies que je suis une Hilneth, quand tu me grondes, quand tu me souris... quand tu sembles heureux avec moi... - "Sembles" ? Mais je suis heureux avec toi ! et je te gronde parce que j'ai peur pour toi... C'est si bon de t'aimer, j'ai l'impression que rien ne peut m'arrêter!

Il a alors posé sa main sur son ventre, caressant doucement l'endroit où une petite vie se développait, bien cachée, au chaud en elle.

- Tu lui diras qui j'étais et combien je t'aimais. J'espère que je le connaîtrais... - Non... toi tu lui diras qui tu es et combien tu m'aimes... Et combien tu l'aimes aussi... lui...

D'un ton un peu inquiet :

- Tu vas l'aimer hein ?

Il a souri :

- Je l'aime déjà, et je suis heureux que tu sois enceinte, on nous séparera peut être mais notre amour ne mourra pas !

Il a repris ses caresses sur son corps, égrenant un chapelet de baisers, ponctués de la plus belle déclaration d'amour qu'il pouvait lui faire :

- J'aime vos cuisses... vos seins fermes... vos épaules délicates... vos fesses si rondes et si douces... vos cheveux qui cascadent dans votre dos...

Elle l'écoute, envoûtée par cette déclaration, n'osant parler pour ne pas rompre le charme.

- Vos lèvres rouge comme le sang... vos grands yeux étonnés... votre ventre... votre peau blanche comme le lait... tout votre corps est si beau... Je vous aime Khâline ... Vous cajoler, vous chérir est mon souhait. Je veux que notre peuple retrouve son immortalité... Car seule l'éternité me semble suffisante pour vous aimer...

Elle a fermé les yeux, touché en plein cœur par ces mots. Ses lèvres ont fini leur course sur les siennes et ils ont refait l'amour très tendrement, oublieux du monde et des problèmes... Demain serait un autre jour a-t-elle songé en s'endormant dans sa chaleur.

Plus tard, elle l'a senti partir précipitamment, mais n'a pas vu que le jour était déjà levé et qu'il était plus qu'en retard. Quand elle s'est réveillée pour de bon, elle a trouvé des fruits posés sur sa robe et les a mangé lentement avant de reprendre le chemin du camp.

Elle marchait, flottant sur un nuage, repensant à cette nuit d'amour, à ses déclarations, bien décidée à demander à Naneth si elle avait changé d'avis. Arrivée à quelques arpents du camp, elle a vu Cën filer sur son tigre, comme si tous les démons d'Azeroth étaient à ses trousses. Elle s'est demandée ce qui ce passait, légèrement inquiète.

Le camp semblait en ébullition, les visages étaient ravagés et quand elle est apparu ils lui sont apparus hostiles et fermés. Interrogeant du regard Hollian, celle-ci a à peine desserrée les dents en lui disant :

- Par votre faute mon frère a été fouetté !

Khâline vacille en se rendant compte que le retard de Cën ce matin a dû être plus important qu'elle ne le pensait et que Naneth a dû se rendre compte de son absence! Le sang se retire de son visage, elle se détourne pour vomir dans le feu, fait quelques pas et s'évanouie en voyant le sang de Cën maculer le sol là où il a été fouetté...

samedi 27 décembre 2008

Mes nuits sont plus belles que vos jours (10/20)

11ème jour/12ème nuit

Elle s'est éveillée, mieux reposée, et sans avoir froid comme la veille. Le corps de Cën l'a protégé de la fraîcheur de la terre, et il se révèle être une alternative très confortable pour dormir, par rapport au sol dur. Le camp est agité des bruits qu'elle commence à reconnaître : le bébé qui pleure, l'eau qui chauffe sur le feu, les chasseurs qui vont et viennent...

Pas de trace de Cën... Elle va faire son brin de toilette dans le lac, rêvant d'un bain chaud parfumé à la Feuillerêve. Elle tente d'ignorer son ventre qui réclame sa pitance, en se demandant si, aujourd'hui, elle continue à tresser son cuir, ou si elle passe à autre chose. Elle retourne à petits pas près de son paquetage, et, comme la veille, un thé chaud et sucré l'attend. Mais cette fois, elle a le temps d'apercevoir Bedrael qui s'éloigne, l'air de rien. Elle sourit, amusée et s'empare de la tasse fumante.

Elle fait un peu de rangement, tri les lanières en fonction de leur longueur et reprend sa tâche monotone, les doigts gourds. Le va et vient des lanières l'hypnotise un peu et lui fait oublier qu'elle a faim. La matinée passe comme dans un rêve, son attention uniquement fixée sur ses doigts qui commencent à trembler légèrement. Elle sent que ce troisième jour de jeûne commence à saper ses forces, mais reste stoïque sous les regards curieux que lui jettent les membres du clan.

Elle s'assoupit sur le coup de midi, et ce sont les pleurs du bébé qui la sortent de sa torpeur. Son cœur manque un battement en voyant Cën à quelques mètres d'elle, sortant de la hutte de Naneth l'air assez ennuyé. Elle se rend compte que Naneth est là, entourée d'autres druidesses et que la discussion semblait animée avant son réveil. Un peu désorientée elle se redresse et passe une main dans ses cheveux en baillant.

Naneth est en train de préparer du thé, et en propose à tout le monde, même à elle. Elle accepte le thé, mais une altercation commence quand elle refuse un des gâteaux que lui propose Naneth. Cën, lui, a accepté celui que Naneth proposait, et en il en a aussi pris un pour la petite qu'il tient dans ses bras.

- Vous allez me laissez comme ça longtemps, plantée avec cette stupide boîte de gâteaux ? - Je n'ai pas faim, je ne pourrais pas en avaler!

Les druidesses observent la scène, sans trop comprendre, ni oser intervenir. L'une d'entre elle tente de poser une question, mais Naneth s'emporte et la colère la fait trembler.

- Elle veut que je lui donne Cënëdril ! et comme je refuse, elle a décidé de rester devant ma hutte sans se nourrir ! - Je n'ai pas demandé à ce que vous me le donniez ! Juste qu'on puisse vivre notre amour ! Elle a haussé la voix pour que tout le monde comprenne bien le sens de ses paroles, qu'elle a choisi avec soin. Naneth renchérit : - Et elle porte l'enfant de Cënëdril ! Elle estime que c'est une bonne raison je suppose... Cën appartient au Clan. - Elle murmure :

- Cën a le droit d'aimer qui il veut... - Cën est un sang pur ! il se doit au clan ! Le Clan passe avant tout ! Qui va perpétrer la lignée des Daendil si ce n'est lui ?

Naneth a entamé un monologue, qu'elle semblait connaître par cœur, sur le fait que Cën se doit d'être le mâle reproducteur de la lignée, qu'il est le seul à pouvoir faire ça... Tout ce discours sonnait à ses oreilles comme de vaines tentatives d'esquiver le sujet essentiel, quand, faisant volte face, rouge de colère Naneth l'a a nouveau attaqué de front.

- Vous voulez me faire passer pour un monstre ? Soit. J'en serais un. Je préfère être un monstre plutôt qu'un animal qui se laisse mourir et qu'on prend en pitié !

Bien décidée au départ à ne pas répondre à la provocation, elle n'a pu empêcher les mots de jaillir :

- Ce n'est pas de moi dont vous devriez vous occuper le plus... mais de Cën... Vous dites qu'il vous appartient, mais vous ne lui demandez pas ce que lui il ressent... alors que moi... Je sais qu'il souffre le martyr de me voir là, et que cela ma brise le cœur de lui faire autant de mal... Pouvez vous en dire autant à son sujet ? Vous ?

Le ton s'est fait accusateur, presque brutal. Naneth semble bouillir :

- Et pourtant... Vous continuez... Vous savez qu'il en souffre, et vous continuez à rester sous ses yeux ? - Autant qu'il puisse me voir... parce que si je n'étais pas là, il partirait pour me rejoindre... Et cela... je refuse qu'il le fasse. - Jamais il ne partirait ! - Vous en êtes sûre ? Vraiment ?

C'est alors qu'il est intervenu, brisant le silence dans lequel il se tenait depuis le début.

- Naneth... - Quoi ? - Je... J'y ai pensé... et vous savez ce qui me retient !

Pendant cet échange, elle a senti le regard de Cën qui la regardait par en dessous, guettant une réaction. Elle est restée une nouvelle fois stoïque, ne montrant pas une seule seconde que son cœur se désagrégeait lentement dans sa poitrine, au fur et à mesure du tour que prenait la conversation. Merende s'est brusquement détournée, a pénétrée dans sa hutte et tout le monde a pu entendre le remue ménage qu'elle y a provoqué. Le bébé c'est réveillé et s'est mis à pleurer. Et quelques instants plus tard, une ancienne berceuse a retenti tandis que le bruit s'arrêtait.

Cën s'est alors approché d'elle, la suppliant

- Restez... mais mangez ! - Je... je ne peux pas... tu le sais bien... - S'il vous plaît !

Naneth est sortie de la hutte, les yeux rougis, tenant la petite fille dans ses bras. Ignorant les personnes présentes, elle l'a confiée à l'un des chasseurs du Clan avant de partir sans mot de plus pour Shattrah.

En soupirant, elle a senti la tension quitter ses membres, et s'est mise à fouiller dans ses ballots. Elle en a tiré une belle peau, l'a retourné pour que les poils reposent sur ses genoux, et a commencé à gratter le cuir pour en ôter la sous couche. Elle n'a pas fait attention à la conversation qui se déroulait entre Cën et les druidesses, c'était les affaires du Clan, elle n'avait rien à y voir. Quand elles sont parties, Cën c'est approché d'elle pour lui parler. Heureusement qu'elle était assise, elle savait que ses jambes ne pourraient la porter pour affronter son regard.

- Elle ne cédera pas... Ne serais que pour ne pas perdre la face. - Si un cadavre devant sa hutte ne la gêne pas... - Je crois que vous avez faim - Je... je ne peux pas manger. Si je mange, jamais elle n'acceptera que tu sois à moi. - Je préférerais vous voir tout les jours heureuse dans les bras d'un autre et m'avoir oublié plutôt que de vous laisser mourir à cause de moi. - Cën... tu sais très bien que si je pars... tu auras envie de mourir aussi... - Qu'il en soit ainsi ! au moins... ça sera rapide ! - Et donc... tu voudrais que je vive avec ça sur la conscience ?

Ce n'était pas les mots qu'elle aurait voulu dire... mais la conversation a été brutalement interrompue, un druide faisant partie de la horde a surgi entre eux et a filé vif comme l'éclair. Trop fatiguée pour le poursuivre, elle s'est fondue dans les ombres en forme de panthère et Cën n'a pas tardé pas à la rejoindre. Il fait alors un geste qu'il n'avait jamais fait. Il enfoui sa tête dans son cou, la caressant comme un gros chat. Elle allait poser sa tête sur son épaule quand, soudain, il s'est entaillé le doigt et l'a fourré dans sa gueule, d'un geste décidé. Elle a eu un recul, ne comprenant pas mais lui faisant confiance quand il lui a dit :

- Le goût du sang... ça devrait réveiller votre instinct !

Sous le choc elle est redevenue elle-même, vacillant en reprenant sa forme d'elfe. Il la retenu contre lui et elle n'a pas résister à lui lécher le doigt, titillant du bout de la langue la blessure qu'il venait de se faire... Pour elle. "Par Elune... Une de plus à mettre à mon actif, et il faut que ça soit encore lui qui en souffre, sans rien dire. Mais je suis un monstre!" Son cœur battait à tout rompre, ses pensées tourbillonnaient, la faim la taraudait, lancinante maintenant que le goût de son sang avait imprégné ses papilles.

- Tu ne devrais pas faire ça... J'aurais pu te blesser ! - La prochaine fois c'est ma gorge que je mettrais dans la gueule de la panthère ! - Je t'en prie... - Quitte à me tuer, autant que vous le fassiez vous-même non ?

Elle a blêmit, fermé les yeux, imaginant la scène, sur le point de s'évanouir. Le tuer ? Lui ? Non. Par Elune ! Pas ça !

Elle a alors murmuré :

- D'accord. Je mange. Mais seulement si c'est toi qui me nourris. Je le fais seulement pour toi...

Il lui a sourit et lui a promis qu'il allait devenir le plus grand cuisinier d'Azeroth pour elle. Il a été lui chercher des fruits frais qu'il a minutieusement pelés et coupés en petit morceaux avant de lui tendre l'écuelle. Elle a refusé en souriant, et il s'est approché d'elle, entreprenant de lui donner la becquée comme à un oisillon : prenant les morceaux de fruits un par un, il les trempait dans le miel avant de lui déposer dans la bouche. Il la regardait manger avec un léger sourire, et elle pouvait voir dans son regard tout le soulagement qu'il en éprouvait.

- Merci mon amour... - Je le fais pour toi... Seulement pour toi... et je n'accepterais de nourriture que de ta part...

Il ne lui a pas répondu, mais l'a serré dans ses bras avant de lui murmurer :

- Je dois partir... A ce soir... Vous pouvez vous installez dans ma hutte si vous le voulez. - Non ! - Pourquoi ? Elle ne vous plait pas ? - Non... Ce n'est pas ça... Mais je ne peux pas vivre dans ta hutte si tu n'y es pas... Je préfère dormir dehors... J'ai l'habitude..

Il a soupiré, l'a serré une dernière fois contre lui, et elle l'a regardé s'en aller, priant Elune pour qu'il ne prenne pas de mauvais coups dans la vieille tour. C'est seulement à ce moment là qu'elle a remarqué que le soleil descendait sur l'horizon, la nuit n'allait pas tarder à tomber.

"Je perds la notion du temps quand je suis avec lui..."

Elle était déjà couchée quand il est revenu de la vieille tour. Il est passé à côté d'elle sans un mot, ni un regard, se dirigeant vers sa hutte, et elle a cru qu'il avait oublié sa promesse de la rejoindre. Elle ressassait cette idée, se demandant ce qui avait bien pu se passer, quand il a surgit de la nuit, portant une écuelle dans une main, et des fourrures chaudes dans l'autre. Sans un mot, l'air complètement éreinté, il a commencé par lui donner quelques morceaux de fruits, puis l'a gentiment bordé avec ses fourrures. En l'embrassant sur le front il lui a soufflé "Je reviens après".

Elle n'a pas retrouvé le sommeil tout de suite, son imagination galopante l'imaginant en train de s'endormir dans les bras de Naneth. Elle était enfin en train de sombrer quand elle l'a senti qui se glissait sous les fourrures. Et ce n'est qu'une fois à l'abri de ses bras qu'elle a connu un repos réparateur.