19ème nuit

Ce soir là, elle reçoit un message de Vella, qui arrive les ailes déployées, droit sur elle, et se perche familièrement sur son épaule. Elle flatte les plumes de l'oiseau qui se rengorge de plaisir, et lui glisse dans le bec un cœur en sucre pour la remercier. Elle récupère le petit parchemin attaché à la patte de la chouette et le déroule:

"Besoin d'un coup de main rapidement à la vielle tour, tes talents de soigneuses vont nous servir."

Du premier coup d'œil, elle a reconnu l'écriture de Kathryl, l'elfe qui a longtemps été le promis de sa sœur. C'est quelqu'un de fiable, et elle sait qu'il ne l'enverrait pas chercher pour rien. Rapidement, elle fait l'inventaire de son sac. Les graines et les plantes sont à leur place, soigneusement rassemblées, les flacons dont elle peut avoir besoin sont protégés dans des étuis de cuirs, et elle a assez de bandages pour transformer en momie un bon tiers d'Azeroth. Elle tâte sa tenue de cuir, toutes ses amulettes sont accrochées, sa calebasse pend à son côté et son bâton vient d'être soigneusement poli : il brille de mille feux.

"En route !" Vella la quitte en émettant un chuintement approbateur quand elle la voie enfourcher son tigre et s'envole à tire d'aile rejoindre son maître. Arrivée à la vieille tour, elle est accueilli par Kathryl mais aussi par ... des membres du Clan. Cën lui fait un clin d'œil et un sourire sous son casque, et elle reste muette de saisissement.

"Quoi ? C'est eux qui ont besoin de moi ?" Elle prend place dans le groupe, et suit docilement ceux qui ouvrent le chemin. La tour est bien nettoyée déjà, et elle arrive tout juste pour aller affronter Arran.

"Oh Misère... Il m'aime pas lui..." Fait est dit... Au cours du combat, il l'envoi par quatre fois au tapis et son moral et sa fierté en prennent un coup. "Décidément, j'ai pas de chance, pour une fois que je pouvais me faire bien voir du Clan". Elle sent le regard de Merende peser parfois sur elle, mais elle évite de la regarder, tâchant d'oublier que c'est elle qui a ordonné les coups de fouet qui marquent le dos de Cën. Son but est de maintenir les gens en vie, les querelles doivent rester à l'entrée.

Bien plus tard, Cën, harassé l'a rejointe, pas très loin de la vieille tour, dans l'auberge de Sombre Comté. L'endroit est sinistre, mais il s'est dit si fatigué qu'il ne pourrait pas aller plus loin.

"Mais pourquoi suis-je en train de faire ça ?"

Khâline roule à terre, tentant d'éviter les coups que Cën est en train de lui porter. Et il ne fait pas semblant le bougre ! Elle lui fait un croche-pied pour le déséquilibrer au passage, il vacille, elle en profite pour le mettre dans un sarment et reprend son souffle à quelque pas de lui.

Elle lui balance un éclat lunaire et revient au corps à corps, lui décochant une rafale de coups de poing dans lesquelles elle tente de mettre toute la hargne qu'elle porte en elle. Et miracle ! Il s'effondre à ses pieds pour la seconde fois en quelques minutes, en souriant.

- Je, j'ai gagné ? - Oui, mais vous savez que sans arme, je ne vaux rien du tout !

Elle lui applique un bandage, et au passage note que son dos est presque entièrement cicatrisé. C'est qu'ils sont en sous vêtement sur la place devant l'auberge, en train de tester leurs compétences de combat! Elle, elle a quand même gardé son tabard pour éviter les regards désapprobateurs, mais ne se sent pas très à l'aise, alors que lui en simple pagne semble toujours dégager une puissance et une force impressionnante.

- On recommence ? - Attendez une seconde, je reviens.

Il court chercher la plus petite épée qu'il possède et ils reprennent position. Et cette fois, elle comprend sa douleur. Alors que l'épée semble minuscule dans les mains de Cën, il en fait une arme redoutable, la clouant au sol, l'assommant presque, tournoyant autour d'elle, feintant, la touchant, la poussant dans ses retranchements.

Elle n'a d'autre recours que d'essayer d'éviter qu'il ne s'approche trop d'elle, le sarmente, feinte aussi en se transformant en chat et il en rit ! Déstabilisée, elle reprend sa forme, tente de le repousser des deux mains, utilise l'arsenal féminin de base : gifle, coups de pied, lui plante ses ongles dans les biceps, tente une nouvelle fois de le faire tomber et c'est elle qui se retrouve à plat dos par terre, haletante, en sueur et un peu vexée d'être aussi mauvaise.

Il la relève tendrement d'une seule main, lui caressant les cheveux, tout en lui expliquant les fautes qu'elle a commises. Il la serre contre lui, l'embrasse et commence à lui passer ses vêtements. Elle sourit, se laissant faire, plus habituée à ce qu'il fasse le contraire quand ils sont ensemble. Il lui noue sa cape, lui met une petite tape sur les fesses et la défie à nouveau.

- Allez, on va voir si vous me battez comme ça ! - Mais tu es fou ! Je risque de te faire plus mal, regarde ! Mon bâton est trois fois plus gros que ton épée ! Tu n'es même pas rhabillé !

Il sourit et ne répond pas, se mettant en garde face a elle. Ils ont renouvelés trois fois encore l'expérience, et trois fois encore, elle a perdu. A chaque fin de combat, pendant qu'il la cajole et la câline, il lui montre là où elle fait des fautes, là où elle prend l'avantage... C'est instructif mais fatiguant, surtout après la soirée passée dans la vieille tour.

En riant de leurs bêtises de la soirée, ils finissent par convenir que l'endroit est beaucoup trop lugubre pour eux et se rendent rapidement à l'auberge de Goldshire. Ils y sont accueillis par une servante qui a l'air de s'ennuyer ferme en cette fin de nuit, et qui les as regarde monter à l'étage avec un œil suspicieux, notant que le peu de peau visible du couple était criblée de bleus.