Appuyée contre le torse de Cën, serrée contre lui, elle a fermé les yeux et ne les a rouverts que lorsque le tigre s'est arrêté près d'un cours d'eau. Cën l'a aidé à descendre, l'air un peu ailleurs et il s'est assis sur un rocher, regardant l'eau le regard sombre. Inquiète, elle lui a pris les mains, autant pour le rassurer lui que elle, lui serrant doucement, caressant sa paume de ses pouces.

- Que.. Il s'est passé quoi ? Et qu'à tu voulu dire quand tu as annoncé que tu était libre ? - Ils disent que c'est ma faute si le Clan va mal, que c'est à cause de nous ! Que j'insinue le doute dans les cœurs ! - Qui ça "ils" ? - J'ai trahi les lois du Clan en vous aimant ! - Mais tu n'as rien fait mon amour ! - Certains me comprennent, d'autres me jugent... En un sens, elle a raison ! - Mais qui ça "elle" ? - Shandara, mais elle n'est pas la seule à le penser... - Cën...Tu sais ce que je penses des lois du Clan... Je... Je ne les approuve pas mais tu as le droit d'aimer qui tu veux... Tu es peut être un "Sans mère" mais tu n'est pas un "Sans cœur"... Je ne voulais pas que tu quittes le Clan... - Vous êtes libre de ne pas me suivre

Elle s'est sentie blessé quand il lui a annoncé cette simple évidence et en réponse, elle n'a trouvé que son amour à lui offrir.

- Je... Je t'aime Cën... Et tu sais très bien ce que je ferais...

Il a soupiré et sa voix a pris un ton infiniment triste, les larmes lui sont montées aux yeux et son regard était un mélange de tristesse et de colère :

- Je vais faire quoi, moi, maintenant ? - Je ne sais pas... Mais je serais toujours là pour toi... Tu... Tu veux prendre le temps de réfléchir ?

Il n'a pas répondu tout de suite, et elle l'a pris doucement dans ses bras, comme un enfant malade, appuyant la tête de Cën contre son épaule, sans rien dire, se contentant de lui caresser doucement les cheveux. Elle se sentait complètement désarmée face au désarroi du géant, et ne savait pas quoi dire, sentant son grand corps contre le sien, qui refusait de se laisser aller complètement. Elle a senti une larme couler dans son cou quand il a murmuré :

- Tu as un Rhiwin pour toi toute seule maintenant...

Des sanglots lui sont montés dans la gorge en entendant cette petite phrase, lourde de sens.

- Cën... Tu n'es pas un Rhiwin pour moi, tu es l'elfe que j'aime de tout mon cœur... - Vous voulez bien dormir avec moi cette nuit ?

Son cœur s'est serré encore plus en entendant cette supplication, tout son être lui criait le besoin qu'elle avait de le sentir contre elle, apaisé.

- Tu sais que je ne dors bien que quand je suis dans tes bras...

Il s'est alors relevé, la repoussant doucement.

- Dites moi où vous dormirez ce soir, je viendrais vous y rejoindre. Je vais retourner sur les champs de bataille... au moins là bas, je ne pense plus... Je suis à ma place là bas... et j'ai besoin d'être seul je crois... un peu... - Je comprends... Fais attention à toi s'il te plaît... - Ne vous en faites pas... Je n'ai plus qu'une seule raison de revenir... mais elle les vaut toute... - Comment veux tu que je ne sois pas inquiète quand... tu semble aussi dévasté ? - Je vous aime

Le ton était calme et mesuré, il l'a embrassé et est parti sans se retourner. Elle s'est effondrée sur place, les jambes coupées par l'émotion. Elle est restée là un moment, réfléchissant à ce qu'elle allait pouvoir faire.

"Il faut que je parles à Kat ! Lui saura quoi faire !"

Cette résolution prise, elle court à perdre haleine vers le maître des griffons, et loue un animal pour retourner en ville. Sur le chemin, elle se demande où peut bien se trouver le chasseur, et elle porte un regard distrait au paysage qui défile sous les ailes de sa monture, quand soudain, un cri puissant l'atteint en plein cœur.

"Vella !"

Elle sait désormais que Kathryl est dans la forêt d'Elwynn. Arrivée à bon port, elle jette les rênes du griffon au loueur et sans prendre la peine de le remercier se précipite vers les portes de la ville, où elle retrouve sa monture qui l'attend placidement près des gardes. Elle l'enfourche et, se fiant à son sens de l'orientation, s'enfonce dans la forêt. Elle met peu de temps à localiser le chasseur, mais il ne semble pas seul. En s'approchant, elle se rend compte que Mahelys, la sœur de Cën est avec lui et elle en ressent une sorte de soulagement. A eux deux, ils seront de bon conseil. Elle se laisse glisser de sa monture et se rend compte avec étonnement que ses joues sont couvertes de larmes.

- Cën a quitté le Clan ! Et c'est ma faute !

Mahelys l'a interrompu :

- Ce n'est pas votre faute Khâline ! - Si... Si il n'était pas tombé amoureux de moi, ça ne serait pas arrivé ! - Non... Tomber amoureux de vous lui a fait beaucoup de bien... C'est nous... c'est le Clan...

Elle a regardé Mahelys, une lueur de reconnaissance dans les yeux.

- Vous... Vous croyez ? - Oui, l'une des nôtres lui a mal parlé... et il est persuadé qu'elle a raison, apparemment - Shandara ?

La voix de Khâline s'est faite tranchante tout à coup.

- Elle ne comprend rien à Cën et se mêle de lui dire ce qu'il ne doit pas faire ! Elle me traite d'intruse, et m'a dit aussi que je n'avais pas le droit d'aimer Cën... que je lui faisais du mal... - Calmez vous... Je ne veux pas que Cën rentre au Clan tout de suite... Il a besoin de respirer un peu - Je sais, mais il semble tellement malheureux déjà... En quittant le Clan, il a quitté la majeure partie de sa vie...

Mahelys l'a regardé d'un air pensif :

- Je pensais lui laisser la nuit pour réfléchir... Vous pourrez lui dire que sa sœur a besoin de lui au Clan... en plus de l'Heryn ? - Je lui dirais... je vous le promets.

Elle a essuyé les larmes qui maculaient encore ses joues et a salué Kathryl et Mahelys.

- Je vais aller voir du côté du recrutement des champs de bataille si je le trouve... Avec un peu de chance, il sera encore là.

Quelques instants plus tard, elle franchissait l'entrée du donjon de Stormwind et courait dans le long couloir qui mène à la salle de recrutement. Son cœur battait à tout rompre, et elle a cru défaillir quand elle a aperçu sa haute silhouette, parmi les quelques recrues encore debout dans la nuit. Il semblait si seul et accablé que sa poitrine s'est serrée de chagrin.

"Mais quel gâchis..."