6ème Nuit

C'est le chant des oiseaux qui la tire du sommeil dans lequel elle était plongée. Elle repose, mollement allongée au milieu du grand lit à baldaquin qui trône au milieu de la pièce. Sentant sa présence, elle tourne la tête et le découvre, nu, assis à côté d'elle, la contemplant sans un mot. Elle sourit et l'embrasse avant de s'emparer d'un fruit qu'il a pris soin de disposer sur la table de chevet.

Elle fait une toilette rapide, cherchant dans son reflet la blessure qu'elle savait être sur la tempe la veille. Celle-ci a disparue, et elle sent un vertige la saisir en réalisant ce qu'il a fait pour elle…. L'expédition à la vieille tour avait mal tourné et en sortant, la trace d'un demi sabot spectral était imprimée sur sa tempe. Elle avait rouvert la blessure en dégageant ses cheveux pour le regarder alors qu'il se tenait depuis des heures volontairement éloigné d'elle.

Et il a eu ce geste extraordinaire… Il lui a ôté ses gants, a pris sa main et l'a posé sur la blessure, comme elle l'avait fait pour lui la veille. Le pouvoir inconnu s'est mis en branle, sans même une incantation alors qu'il l'embrassait avec tout l'amour du monde… Quand le baiser a pris fin, la blessure avait disparue… "Sans même une incantation !" Elle reste stupéfaite… Les rares fois où elle avait essayé, l'incantation était montée naturellement à ses lèvres, même si elle est incapable de se souvenir des mots ou de la langue qu'elle utilise quand cela ce produit…

Elle se retourne, et il n'est pas encore parti. Son cœur manque le battement habituel quand elle le voit. Il a commencé à enfiler sa lourde armure, et elle sourit quand il accroche son arme à son baudrier. Il lui a dit la veille qu'elle pesait moins lourd que l'épée qui lui sert au combat, et elle lui a rétorqué que si elle était à sa place, elle le protégerait mieux…

Elle sait que le temps béni est presque fini. Quand il la rejointe ce soir à Booty Bay, elle a remarqué le léger hâle de sa peau, et elle a tout de suite deviné qu'il n'était pas rentré au camp de la journée. Sans doute était-il resté sur la plage à cogiter sur leur avenir commun. "Enfin… sur leur manque d'avenir commun, plutôt". Songe-t-elle amèrement.

Elle soupire, et il la prend dans ses bras, sans parler, se contenant de la serrer très fort contre lui. Et il s'en va... Quand elle sort à son tour, c'est pour constater que le soleil brille et que les oiseaux chantent toujours. Et qu'il n'est plus là… Elle vérifie les fontes de la selle, tout est en ordre et le tigre semble prêt à en découdre avec la route rouge de poussière. Elle soupire à nouveau en l'enfourchant, et ils prennent le chemin de la ville.