9ème nuit

Elle est encore dans ses bras quand elle le sent bouger un peu sur la couche étroite. Elle se cale mieux contre son flan, refusant l'évidence, la tête blottie sur son épaule, niant que la journée est déjà entamé depuis au moins deux bonnes heures. Fermant à nouveau les yeux, elle repense à ce qui l'a amené ici... ce matin dans sa hutte.

La journée a été éprouvante aussi bien physiquement que moralement. Et cette tension n'a rien fait pour arranger les choses, surtout quand un de ses soupirants les plus assidus a fait à nouveau irruption dans sa vie. Son honnêteté l'a poussé à lui avouer qu'il ne devait plus rien espérer de sa part, qu'elle était amoureuse et que c'était surtout définitif. Elle n'oubliera jamais le regard qu'il lui a jeté avant de partir : un regard blessé, trahi... Alors qu'elle ne lui avait jamais rien promis...

Quand elle a rejoint son amour à la Taverne du bout du Monde, il avait le même genre de regard, rempli de tristesse. Et la discussion qu'ils repoussaient tout deux depuis plusieurs jours a eu lieu. Ils se sont enfin décidé à aller tout dire à Naneth. Demain.

"Notre destin sera scellée demain... Elune je t'implore... je t'en conjure, fait que Naneth comprenne ce qui nous arrive... ne la laisse pas nous séparer...."

Elle sait qu'il a passé sa rage sur un champ de bataille en attendant son retour, et là, c'est elle qui l'attend, son aide ayant été requise pour elle ne sait trop quoi. Elle erre dans les rues de Stormwind, quand ses sens l'alertent : il n'est pas loin ! Transformée en chat, elle se fond dans les ombres suivant sa piste, pour arriver dans une taverne. Elle entre, jette un œil autour d'elle et se fiant aux bruits qu'elle entend, s'engage dans l'escalier qui mène à la cave. A mi parcours, elle voit une elfe rendre son dîner dans un coin et l'odeur la suffoque instantanément, la nausée la prend et elle sort de l'auberge le plus vite possible.

Tout à coup les émanation montant des canaux de la ville lui sont insoutenables, elle ressent un besoin urgent d'aller dans la forêt respirer l'odeur de la végétation. Arrivée aux portes de la ville, elle se rend compte que le paysage est noyé de pluie mais elle n'en a cure... Elle descend de son tigre, se déchausse et, pieds nus, avance lentement dans l'herbe verte, profitant pleinement de ce moment de solitude.

Elle passe non loin de la maison de la Dame aux chats, caresse les quelques félins qui se sont approchés d'elle et continue son chemin vers la rivière. Avisant un gros rocher, elle s'y installe, laissant la pluie imbiber ses vêtements et détremper ses cheveux, inspirant et expirant, l'attendant.

Il arrive enfin, et son premier geste est de la recouvrir de son long manteau, sans un mot. Elle ressemble à cet instant à un petit chat misérable, avec ses cheveux trempé, collé par la pluie emmitouflée dans le manteau trop grand. Pourtant, il la regarde avec des yeux remplis d'un amour infini et légèrement inquiet.

- vous allez attrapez froid, Hilneth ! Il ne faut pas rester sous la pluie comme ça !

Il la prend contre lui comme une enfant, et la frictionne un peu :

- Hilneth... ça risque d'être notre dernière nuit ensemble... je voudrais la passer avec vous en terre elfique... - Je voudrais que ça ne finisse jamais... que nous n'ayons plus à nous cacher... que nous soyons libre de nous aimer...

Sans répondre, il remonte en selle et la soulève d'une seule main pour la poser devant lui. Il resserre les pans de son manteau autour de son corps, et ils entament une longue chevauchée, tendrement enlacés. Elle ne sait pas où il l'emmène et est surprise de reconnaître Aschenval au terme de leur voyage.

- Je te conduis au camp du Clan, mais il faut être discrète...

Message reçu... Elle se fond à nouveau dans les ombres en forme de félin et le suit de loin, évitant de trop s'approcher des gardes postés à l'entrée du camp. Elle le voit qui s'approche d'une petite hutte et il écarte largement la peau de l'entrée pour qu'elle puisse passer. Elle entre alors dans son univers, un modeste logis, très simplement meublé d'un lit, d'une petite table, d'un tabouret et d'un râtelier où trônent de vieilles épées.

Pendant qu'il allume une bougie, elle reprend forme elfique, et s'aperçoit qu'elle est toujours trempée comme une soupe et n'ose pas bouger. Il s'approche d'elle et d'une main ferme, en lui souriant, déboutonne sa robe, dénudant tout d'abord ses épaules puis sa poitrine. Elle rougit sous son regard, mais il se contente de lui ôter sa robe et d'aller la pendre dans un coin pour qu'elle sèche. Il attrape au passage un morceau de tissu très doux, avec lequel il entreprend de la sécher soigneusement.

Il ouvre le lit, écarte les peaux, la prend dans ses bras et la dépose au creux des fourrures, bien au chaud, et la rejoint aussitôt. C'est enlacé que le sommeil les surprend au petit matin...