11ème nuit.

Elle s'est réveillée, la joue marquée par une couture incrustée dans sa peau, et le moral en berne. Sans nouvelle de Cën depuis la veille, elle ne sait pas du tout comment la nuit s'est passée pour lui et elle s'en inquiète. Elle se lève, un peu courbaturée d'avoir dormi à même le sol et va se rafraîchir à deux pas, dans le lac.

Quand elle revient, un thé chaud et sucré est posé à côté de son paquetage de cuir. Elle cherche des yeux celui ou celle qui a eu cette délicate attention mais elle ne voit personne à proximité

Le soleil commence à réchauffer la forêt et elle étale sa cape pour qu'elle sèche. Celle-ci est encore humide de la rosée de ce matin, ce qui la rend particulièrement inconfortable. Elle vérifie ensuite si ses ballots de cuir sont toujours étanches, afin d'éviter certaines déconvenues. Elle se souvient qu'un jour, elle a dû jeter le produit de deux jours de chasses intenses. L'un des colis qu'elle avait fait n'était pas étanche, et quand elle l'a ouvert pour étaler les peaux et les tanner, il était déjà trop tard. Elles étaient complètement raidies et le poil retourné... Irrécupérables ! Elle était restée furieuse contre elle pendant plusieurs jours, maudissant sa négligence.

Reprenant sa position de la veille, elle vérifie que rien de manque à côté d'elle et se prépare à vivre une journée identique à celle d'hier. Une bonne nouvelle, pas de nausée ce matin, et la faim... ne la taraude même pas, elle a l'appétit coupé.

La journée passe, morne et solitaire. Personne ne lui parle, surtout pas Naneth qui va et vient dans le camp, en lui jetant des coups d'œil, mais sans lui adresser la parole. D'autres membres du clan vont et viennent, et elle peut lire dans leurs regards : étonnement, sympathie, tristesse, encouragement... Elle n'a pas vu Cën de la journée, il est rentré tard d'elle ne sait où, lui a jeté un regard rempli d'une douleur infinie avant de se présenter dans la hutte de Naneth.

Dans la nuit, alors qu'elle contemple le feu fixement, elle voit un mouvement furtif agiter la peau qui sert de porte à la hutte de Naneth. Et soudain, elle sent ses mains qui la saisissent fébrilement et elle est contre lui, dans ses bras. Sans un bruit, il écrase sa bouche sur la sienne, avec une faim désespérée. Il lui souffle

- Je vais rester avec toi, Naneth dort, je te tiendrais chaud.

Elle reste muette de saisissement au bord du vertige. Il ose désobéir à Naneth ! Et quasiment sous ses yeux en plus ! Elle se laisse aller contre lui, humant son odeur, la tête sur son épaule. Il la berce comme une enfant et dans ses bras plus rien de compte que l'instant présent. Il s'installe au milieu des ballots, le dos appuyé contre le tronc d'arbre qui délimite cette partie du campement et la prend sur ses genoux.

Il lui murmure, désignant une petite marmite que Bedrael a laissé au coin du feu à son attention :

- Vous devriez manger un peu Hilneth... - Je n'ai pas faim, rien ne passe... - Ça fait combien de temps que vous n'avez rien pris ? - De... depuis hier... mais rien ne me fait envie... - Si vous ne mangez pas, alors je ne mangerais plus non plus ! - Ne.. ne fait pas ça, tu as besoin de forces pour aller au combat !

Il soupire et n'ajoutes rien, mais sa main flatte doucement son dos raidi par la posture qu'elle a gardé toute la journée. Il remonte doucement vers ses épaules, les massant légèrement et elle sent ses muscles s'assouplir sous ses mains habiles. Elle ne dit rien, savourant sa chaleur et sa présence. Ils n'ont pas besoin de mots pour savoir qu'il risque l'ire de Naneth si elle les découvre demain matin !

Elle s'endort brusquement dans ses bras et il reste là, la gardant contre lui, petite poupée fragile dans ses bras de géant. Peu avant l'aube, il l'enveloppe dans sa cape du mieux qu'il peut avant de la poser délicatement sur le sol, la rapprochant du feu et il retourne se glisser dans la couche de Naneth avant que celle-ci ne s'éveille.