16ème jour

Elle erre comme une somnambule dans la forêt d'Ashenval. Ces deux derniers jours ont été tellement déroutants qu'elle ne sait plus ce qu'elle doit penser. Cën a-t-il le droit de l'aimer ? Où est-il ? Que fait-il en ce moment où elle aurait besoin du réconfort de ses bras ?

Elle ne doit pas retourner au Camp, c'est une certitude, Chysië lui a en quelque sorte conseillée de se faire oublier. Oui mais comment ? Il y a eu ce qui a ressemblé à des affrontements d'autorité entre Chysië et un vieil elfe aux yeux blancs. Celui-ci semble tenir aux traditions ancestrales... Elle n'a pas tout compris des enjeux, tellement obnubilée par Cënëdril que sa poitrine en était douloureuse.

"Oh mon amour... Mon cœur saigne à chaque fois que je crois reconnaître tes pas derrière moi... Mais je me retourne et ce n'est jamais toi, ce n'est jamais ton sourire ou ton regard que je vois, mais toujours celui d'un inconnu qui me regarde... J'aimerais tant retrouver le refuge de tes bras pour que tu me consoles, me prenne contre toi et me dise que tout cela n'était qu'un rêve".

Elle pâlit en repensant aux taches de sang par terre. Elle n'a pas pu l'approcher pendant les quelques instants qu'il a passés au Camp avant de partir à la recherche de quelqu'un. Elle ignore tout de l'état de son dos, ni de l'étendu des dégâts du fouet sur sa peau... et sur son âme.

"Elune... je vous avais supplié de me punir moi... pas lui... C'est injuste qu'il souffre parce qu'il aime, c'est injuste qu'il souffre parce que je l'aime... Je donnerais tout pour effacer ce qu'il a subi à cause de moi..."

Une crampe lui broie soudainement le ventre et elle se penche en avant, vomissant sur la mousse du chemin. Nauséeuse, la tête lui tourne et elle tombe à genoux, tentant d'endiguer la bile qui lui brûle l'œsophage. Elle crispe les mains quand une douleur la traverse à nouveau, et se laisse tomber, haletante, baignée de sueur priant Elune pour que le malaise se passe.

De longues minutes plus tard, son souffle s'apaise. Elle se relève, le corps douloureux et le cœur toujours en berne. Elle ne sait toujours pas ce qu'elle doit faire, ce qu'elle doit penser, et dans son esprit tourbillonne une pensée qu'elle tente vainement d'occulter : pourvu que le bébé aille bien...