17ème nuit/18ème jour

Roulée en boule sur les couvertures, Khâline se ronge les sangs en attendant que Cën la rejoigne. Elle caresse doucement son ventre, chantonnant une ancienne berceuse dont les origines se sont perdues depuis longtemps et elle repense à la fin de la nuit précédente.

Après leur discussion dans les Carmines, ils se sont réfugiés à l'abri d'une immense grotte où un bateau attend de passer les portes qui le protège aux yeux du monde. Sur le pont, ils ont longuement discuté, et Cën lui a dit que certaines druidesses risquaient de demander ses services pour une nuit. Elle a accusé le coup, mais elle sait que cela risque d'arriver un jour ou l'autre...

"Pourvu que ça soit le plus tard possible..."

Il lui a sourit et l'a attiré contre lui pour un baiser fougueux. Elle s'est mise sur la pointe des pieds pour être encore plus près de lui et le serrer dans ses bras. Elle a senti une épaisseur inhabituelle sous son plastron, et les coups de fouet lui sont revenus en mémoire. Il alors a laissé tomber sa cuirasse, et les bandages entourant son torse sont apparus. Ravalant sa salive, encore malade à l'idée de ce qu'il a subi, elle l'a regardé s'en débarrasser à gestes mesurés, et lui montrer son dos.

"Par Elune...."

Elle reste muette, contemplant le désastre. Les plaies sont encore sanguinolentes, Mahelys a dû être obligé de lui débrider tout à l'heure, elles s'étaient surinfectées... Le dos, déjà couvert de cicatrices anciennes, est dans un piteux état, et la chair boursouflée, éclatée même, noircie à certains endroits, bleue à d'autres, rouge partout ailleurs est une preuve que les coups qui lui ont été porté l'ont été fait avec force. Elle ravale sa salive, mais n'ose pas le toucher, tellement le spectacle est horrible. Elle approche doucement sa main mais la retire aussitôt, la peau est brûlante, elle le sent même à distance, preuve que l'infection couve encore.

Elle tremble sans pouvoir s'arrêter, et c'est lui qui la prend dans son giron pour la consoler. Elle sanglote, s'accusant de tout, et il la console doucement, la berçant, la rassurant, lui disant qu'elle n'y est pour rien, qu'il a choisi de rester avec elle plutôt que de rentrer, qu'il l'aime, qu'elle ne doit pas s'en faire, qu'il en a vu d'autres... Elle met longtemps à s'apaiser contre lui et ils finissent par faire l'amour...

Et là... La magie guérisseuse qu'elle ne connaît pas vraiment, opère à nouveau, mais différemment cette fois. Au plus fort de la passion, elle n'a pas senti le pouvoir monter et se répandre sur son dos, de manière très légère et fugace. Quand ils sortent enfin de l'état de grâce dans lequel ils étaient plongés, c'est pour remarquer qu'elle a les mains couvertes de sang, et qu'une marque de coup de fouet est apparu dans la paume de sa main droite. Décontenancée, elle regarde son dos et constate que la peau n'est plus noire, et les blessures en bonne voie de guérison, malgré le sang qui suinte encore. Par contre, là où sa main s'est posé pendant l'amour...

- Cën... - Oui ? - Je... il y a la trace de la main sur ton dos...

Il a sourit.

- ça partira ne vous inquiétez pas ! - Je... Non... Je ne crois pas, on dirait que ... c'est une cicatrice que je t'ai faites. Tu n'as pas mal ? - Non pas du tout !

Ils se sont endormis, elle étendue sur son corps, à sa demande à lui. Il aime la tenir ainsi, elle est tellement légère qu'elle ne le gêne pas pour dormir. Il pose toujours une main sur sa taille, pour l'empêcher de glisser et elle se sent à chaque fois tellement en sécurité, tenue ainsi contre lui, qu'elle dort comme un bébé.

Mais ce soir Cën ne viendra pas... Elle le sent... Cela fait plus de deux heures qu'elle l'attend et elle a épuisé ses larmes pour s'endormir d'un mauvais sommeil.

Dans la journée, ses obligations la poussent à aller à Stormwind, la ville humaine qu'elle aime tant. La place devant la banque grouille tellement de monde qu'elle en reste étourdie un instant, n'osant se mêler aux passants qui semblent si pressés et courent partout.

C'est alors qu'une jeune elfe, qu'elle se souvient avoir vu au camp l'a regardé, comme si... Comme si elle était une intruse. Son regard l'a traversé et elle est resté interdite devant l'hostilité manifeste de celle-ci.

Elle l'a salué, sans se souvenir de son prénom, et elles ont entamés une discussion que Khâline a jugé un peu décousue. Mais rapidement, elle pris conscience d'une chose : cette elfe... C'est celle qui avait fouetté Cën ! Elle a ouvert de grands yeux sous le choc, mais l'autre continuait à débiter des bêtises à propos du bébé de Naneth, privé de mère, et à lui dire qu'elle ferait mieux de renoncer à Cën. Kat est alors arrivé et a participé à la conversation, mais le brouhaha ambiant, l'hostilité non dissimulée de l'elfe, tout contribuait à saper ses forces.

Elle a rompu la conversation et est partie calmer ses nerfs éprouvés dans la forêt. Elle se souvient que Shandara - le prénom venait d'effleurer sa mémoire - lui a parlé qu'elle devrait renoncer tant qu'il est temps, qu'elle n'allait que souffrir, bref, elle semblait à côté du sujet, ne connaissant manifestement pas Cën... Ni elle! Elle s'emporte à ce souvenir :

"Mais de quoi se mêle-t-elle ? J'aurais pu la tuer pour ce qu'elle lui a fait ! Elle était si sûre de détenir la vérité ! Elle pensait connaître ce qui se passe entre Cën et moi ! Et ne m'a pas cru quand je lui ai dit que si Cën ne m'avait pas laissé dormir ce matin là, jamais sa peau n'aurait portée de nouvelles cicatrices ! Je l'aurais tué de mes propres mains si il avait fallu le faire !"

Cette pensée, tuer quelqu'un la glace de terreur : "Comment puis-je penser cela, moi qui ai juté de venir en aide à tout ceux qui souffrent, moi qui ai toujours gardé la voie de la guérison, moi... qui soigne parfois sans le vouloir..."

Elle est resté longtemps au bord de l'eau, tournant et retournant dans sa tête cette impulsion de tuer qui l'a saisit si brusquement...