Des jours plus tard...

Les bras chargés de peaux elle rentre d'un pas pressé à Darnassus, où ils se sont établis ensemble... Enfin, il s'est installé chez elle, dans le rez de chaussée d'une maison que ses parents l'ont forcés à louer il y a des années afin qu'elle n'emplisse pas leur maison de peaux et de cuirs. Elle a fait de la place, rangé ses ballots dans un coin, et l'endroit ressemble enfin à une vraie maison et pas à un dépôt de pelletier.

Elle voit sa haute silhouette de loin et son cœur s'emplit de joie à sa seule vue. Il est levé ! Elle presse le pas et arrivé à quelques mètres de lui elle pousse une exclamation en voyant le sang sur le sol.

- Mon cœur !

Il est blême et tout le bas de son visage est couvert d'un sang rouge vif. Son teint est cireux et il semble à bout de force mais il lui sourit vaillamment :

- Je ne voulais pas salir la maison alors je suis sorti... - Je m'en fiche de la maison, tu devrais rester couché tu n'es pas en état de marcher ! - J'allais en mettre partout ! - Le sang ça part très bien à l'eau froide, tu ne devrais pas te lever !

Elle l'a pris par le bras pour le soutenir et l'a raccompagné jusqu'au lit où il s'est assis lourdement, l'air épuisé par le maigre effort qu'il venait de fournir. Elle a alors saisie la première étoffe qui lui est tombée sous la main et a entrepris de lui nettoyer le visage doucement, trempant le chiffon dans un bol d'eau fraîche.

- Qu'est ce que je peux faire pour t'aider ? ça fait des jours que tu saignes et ça semble empirer ! - Rien... Vous ne pouvez rien faire... - Tu m'as dit que ça t'était déjà arrivé auparavant. C'était quand ? - Je..

Il a hésité pendant qu'elle le regardait, au désespoir.

- Quand ? - Quand j'étais avec Sylïanis, mais je n'avais pas rompu le lien. - Le lien ? - Avec le Clan !

Elle est resté silencieuse un moment, tournant et retournant dans sa tête ses dernières paroles.

- Tu as mangé aujourd'hui ? - Oui... un peu de viande crue. - Tu as faim ? - Un peu...

Après lui avoir embrassé sur la tempe elle a fouillé dans son sac et, tout en lui parlant, a haché menu la viande qu'elle avait ramené pour en faire un ragoût. S'installant ensuite à côté de lui, elle a formé de petites boulettes de viande hachée, qu'elle a commencé à lui donner. Docilement, il ouvrait la bouche et avalait cette pitance d'un air dégoûté.

- J'aime pas la viande crue mais j'en ai besoin - C'est vrai que c'est pas très appétissant... Je préfère les gâteaux moi ! - Et moi les fruits...

Intérieurement, elle s'est promise de passer chez la marchande et lui ramener de jolie pastèque juteuse et mûre à point. Quand l'écuelle est vide, elle la pose sur le sol et l'aide à se recoucher. Sa peau reste livide, l'or de ses yeux a disparu et a été remplacé par une lueur d'obsidienne, assombrissant son regard de manière inquiétante.

- Dors mon amour, je veille sur toi !

Elle l'embrasse tendrement en le serrant contre elle et ne le relâche que lorsque le sommeil l'arrache à elle.